«J'aimais bien mon poste. J'adorais mon boulot. Tout est fini.» Une usine de fabrication de pneus qui ferme, il y a deux ans, à Clairoix dans l'Oise, cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Cette lutte est entrée dans l'histoire. Cinquante-deux minutes poignantes filmées par Jérôme Palteau (1).
Xavier Mathieu, syndicaliste CGT chez Continental, n'est pas le dernier sur l'écran. Première salve : «Comment les mecs du gouvernement peuvent à ce point se foutre de notre gueule ? Le matin, ils nous reçoivent en nous disant : "Il n'y a plus de tête chez vous. On ne peut pas discuter". L'après-midi, ils reçoivent notre direction.» Et pan. Ils cassent la sous-préfecture de Compiègne. David Pujadas leur demande s'ils regrettent ces violences. «Vous plaisantez, j'espère», rétorque Mathieu. Soufflé, Pujadas. Ils montent à Paris. Ne paient pas le péage : «Quand on est 150 voitures, même les flics s'écartent», dit l'un d'eux. Ils n'oublient pas leurs origines. «On vient de la Picardie. On est de la terre à betteraves, on veut voir combien [les dirigeants] mettent sur la table.» Ils affrètent un train spécial pour Hanovre : à bord, 1 000 «Conti» répètent des slogans repris avec leurs homologues allemands : «Alle zusammen !» («Tous ensemble !»). Ce documentaire pourrait être un bréviaire à l'attention des futurs licenciés. «Le véritable enjeu dans les batailles sociales, c'est d'avoir les vrais décideurs autour de la table»,<




