Menu
Libération
Récit

Les forçats de RDA démontent Ikea

Réservé aux abonnés

Le géant suédois doit s’expliquer sur le travail de détenus est-allemands sous l’ère communiste.

ParNathalie Versieux
Berlin, de notre correspondante
Publié le 09/05/2012 à 20h46

En 1986, Dieter Ott a 22 ans et veut à tout prix quitter la République démocratique allemande (RDA). Il démissionne de son poste de tourneur dans un combinat de Berlin-Est, et annonce à son chef : «Puisque je ne leur sers plus à rien, ils peuvent me laisser partir !» Quelques jours plus tard arrive une lettre du ministère de l'Intérieur. Dieter Ott passe trois mois en détention préventive, à Berlin. Avant d'être envoyé à la prison de Naumburg, 200 kilomètres au sud.

Chaque matin, un bus vient chercher les prisonniers. Direction le complexe Mewa, l'usine métallurgique de la ville. «Pas de fenêtres, pas de soleil. On ne voyait que les néons. Nous n'avions aucun contact avec les ouvriers non prisonniers. Si j'avais su que les charnières de placard […] que je montais étaient pour Ikea… Ce n'est qu'à la chute du mur que j'ai reconnu les pièces que je fabriquais… chez Ikea ! Aujourd'hui, je demande réparation. Les conditions dans lesquelles nous travaillions étaient inhumaines.» «Nous n'avions pas de gants, pas de protections auditives, confirme Hans Otto Klare, incarcéré à Naumburg pour avoir tenté de fuir à l'Ouest, et contraint au travail forcé. On dormait au-dessus des ateliers, qui tournaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il était presque impossible de dormir. C'était de l'esclavage.»

Corbeau. Ikea est sur la sellette… Selon la chaîne de télévision allemande WDR, l'entreprise, fondée en 1943 par Ingvar Kamprad, un anc

Dans la même rubrique