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Libération

Quel fédéralisme, et pour quoi faire ?

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ParThomas Piketty
directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’Ecole d’économie de Paris
Publié le 02/07/2012 à 19h06

En repoussant les choix importants à plus tard, les responsables européens réunis à Bruxelles vendredi dernier n’ont fait que gagner un peu de temps. La perspective d’union bancaire, avancée importante, reste malheureusement floue. La question des eurobonds n’a même pas été évoquée. Pour une raison simple : aucune proposition française précise d’union budgétaire et politique permettant de mettre en place concrètement les eurobonds n’avait été formulée. Trois ans après le début de la crise de l’euro, on continue de faire croire que l’on pourra en venir à bout en accumulant rustines et sommets de la dernière chance, rituellement conclus par des conférences de presse nocturnes et des cris de victoire.

Mais la difficulté reste entière : quelle forme originale et pragmatique pourrait prendre le fédéralisme européen ? Tout le monde sent bien que l’euro ne peut survivre sous sa forme actuelle. Mais en même temps le saut fédéral fait peur, en partie pour de bonnes raisons, dont il faut urgemment débattre afin de dépasser ces craintes. Dans ces colonnes (18 juin), Bruno Amable expliquait que le saut fédéral risquait fort d’être un «saut mortel» pour la protection sociale. L’argument de Bruno Amable, précis et effrayant, est le suivant. Les systèmes européens de protection sociale sont fragiles. Ils sont le produit de compromis nationaux spécifiques et de valeurs de solidarités patiemment construites dans le cadre des Etats nations. Tout cela risquerait d’être remis en cause dans le ca

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