Lionel Jospin l'a fait. Il a fait vendredi ce que le candidat avait promis et ce sur quoi le Premier ministre s'était engagé dans sa déclaration de politique générale. Il a donc calmement annoncé le vote prochain d'une loi cadre fixant les 35 heures légales à la fin du siècle. Cela semble si simple qu'en l'écoutant, on se demande pourquoi on a pu imaginer un instant que les hurlements du patronat le feraient reculer. Les patrons ne l'impressionnent visiblement pas. Déjà, le mois dernier, l'un d'eux, Christian Blanc, avait tenté de l'infléchir sur la privatisation d'Air France. Le Premier ministre a estimé qu'il pouvait se passer de Blanc, qui a démissionné. Cette fois, c'est au tour du Conseil national du patronat français (CNPF) de sortir furieux de Matignon. Là encore, le Premier ministre estime qu'il pourra se passer de lui. «Ce sont les entreprises qui seront amenées à négocier», a-t-il déclaré. Ainsi contourné, le CNPF a-t-il les moyens de bloquer le processus ? A constater les mines piteuses affichées par ses trois représentants «bernés», on peut en douter. Le CNPF refusera l'accord sur l'Arpe (préretraite contre embauche), mais cela ne ressemble qu'à une petite vengeance.
Le Premier ministre n’a pas dévié d’un pouce. Il croit à l’aiguillon de la contrainte légale, alors il aiguillonne. Place maintenant à la négociation, l’Etat aidera généreusement les entreprises qui signeront des accords. La grande aventure de la France commence, sous le regard scept




