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Libération
Reportage

«Comme si j’étais toujours au Rana Plaza. Morte»

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Un mois après l’effondrement de l’immeuble d’ateliers textiles qui a fait 1 127 morts au Bangladesh, «Libération» a rencontré des victimes qui racontent leur calvaire.

Des secouristes autour d'un immeuble effondré le 24 avril 2013 à Savar, dans la banlieue de Dacca. (Photo Munir Uz Zaman. AFP)
ParMichel Henry
Envoyé spécial à Savar (Bangladesh)
Publié le 24/05/2013 à 22h26

Un mois pile après la catastrophe, l'heure était, ce vendredi, au recueillement devant les décombres du Rana Plaza, cet immeuble qui s'est effondré le 24 avril, tuant 1 127 personnes et en blessant un millier. Des jeunes gens déposent des couronnes de fleurs, d'autres se promènent en tendant une affichette avec la photo d'un des 300 employés toujours portés manquants. Mais les klaxons de l'incessant trafic routier dans Savar, une ville de la banlieue de Dacca, la capitale bangladaise, empêchent toute minute de silence. La tranquillité, on ne la retrouve qu'à quelques minutes de là, au cœur de l'Enam Medical College and Hospital. Allongée, le bras droit amputé, Rikta Begum, 25 ans, soupire : «C'est comme si j'étais toujours au Rana Plaza. Morte.»

Mais elle est vivante et le doit à un homme, un de ces nombreux habitants improvisés secouristes qui lui a tranché le bras. «Sans anesthésie, sans médecin, sans rien», confirme la doctoresse Nasima Yasmin, qui travaille pour l'ONG bangladaise GK (1). Souvent, ça s'est passé comme ça : une victime maintenue sous les décombres veut qu'on l'en délivre et crie «coupe-moi la main, coupe-moi la main, je n'en veux plus, sauve-moi !» rapporte Mohammed Shawkat, médecin légiste. «Parfois, les blessés eux-mêmes réclamaient : "Passe-moi un couteau que je coupe ça !"» Il n'y avait pas forcément de médecin. «On s'en fout des procédures, coupez !» criaient les gens. Alors, un bénévole se saisissait d'une

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