Henri Sterdyniak est directeur du département Economie de la mondialisation à l’OFCE (l’Observatoire français des conjonctures économiques).
La recommandation, par certains directeurs exécutifs du Fonds monétaire international (FMI), de voir la France «ralentir son rythme de réduction du déficit public» est-elle une surprise ?
Pas vraiment. Certes, en 2011, le FMI a demandé aux pays touchés par la crise financière de se lancer tête baissée dans des politiques d’austérité budgétaire, afin de réduire leurs déficits et de ramener leurs dettes publiques à 60% du PIB, mais il a reconnu la catastrophe consécutive à cette politique, en particulier dans la zone euro, qui a connu une croissance négative en 2012-2013 et risque d’avoir une croissance nulle en 2014, avec un taux de chômage record. Depuis six mois, le FMI met donc de l’eau dans son vin en leur intimant d’adoucir leur politique d’austérité.
Est-ce un nouveau «bougé» de l’institution, après l’échec avoué de son modèle de multiplicateur (1) ou son mea culpa sur les «échecs notables» de son premier plan de sauvetage en Grèce ?
Le corpus doctrinal du FMI a été très endommagé, notamment ces dernières années. Reinhart et surtout Rogoff (2), ex-chef économiste du FMI, ont dû reconnaître que leurs calculs sur les effets négatifs d’une dette publique supérieure à 90% reposaient sur du vide. Le FMI s’est ainsi rendu compte qu’on ne peut pas prôner la rigueur à tout prix. Le monde fonctionne de façon keynésienne à court terme, et l’austérité est très coûteuse.
Pour autant, le Fonds semble divisé sur l’idée de demander à la France de calmer le jeu.
Le Fonds reconnaît des divergences. Certains directeurs plaident en effet pour la poursuite rigoureuse des engagements de réduction du déficit public. Il y a un écart entre les «économistes pays», plus orthodoxes, et certains comme Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI. Mais c’est vrai, par rapport au soviétisme unanimiste de la Commission




