Un conducteur nous avait prévenus. «A certains endroits, ça tape. Quand t'es en cabine, ça peut te faire descendre du siège.» Sur la ligne Mantes-Paris, nous avons voulu sentir ces secousses qui, depuis le drame de Brétigny, fissurent la confiance dans le rail. Surtout celle des mécanos, les agents de conduite. Un cheminot a accepté de nous servir de guide. Mais discrètement car, depuis le 12 juillet et les sept morts du déraillement, les personnels de la SNCF ont été rappelés au «devoir de réserve». Interdit de parler à quiconque, surtout pas aux journalistes : «Seuls certains dirigeants sont habilités à fournir et commenter éventuellement les informations», explique ainsi la direction Auvergne-Bourgogne dans un avis aux cheminots daté du 5 août.
Direction la gare d'Epônes-Mézières. Le train Mantes-Paris Saint-Lazare est à l'approche. Une BB 17 000, machine fatiguée (mise en service en 1966), traîne une bonne demi-douzaine de wagons. Serge, huit ans de conduite, nous accepte dans sa cabine. C'est spartiate. Perché sur un tabouret monté sur une mince colonne pour tenter d'amortir les chocs, il domine le pupitre de conduite et ses cadrans désuets. Dans un coin, une barre de court-circuit calée, bien en évidence. Elle se place entre les deux rails en cas de choc anormal qui impose d'arrêter le convoi : «Ça coupe la signalisation. Tous les signaux se mettent au rouge.» Serge ne s'en est encore jamais servi. Mais il pense à cette barre depuis B




