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Interview

«Chacun sait que cela ne sera d’aucun effet sur l’emploi»

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L’«économiste atterré» Benjamin Coriat ne croit pas au bénéfice d’une baisse du coût du travail :

Publié le 20/01/2014 à 21h26

Lire aussi la chronique de Bruno Amable, page 27

Professeur d’économie à l’université Paris-XIII et coprésident du collectif des «économistes atterrés», Benjamin Coriat estime que le Pacte de responsabilité proposé aux entreprises par le gouvernement ne créera pas d’emplois.

Ce Pacte de responsabilité est-il un marché de dupes ?

Il l’est pour plusieurs raisons. Le gouvernement annonce d’hypothétiques contreparties. Mais on voit bien que le patronat n’est pas disposé à s’engager. Dans un récent entretien, Pierre Gattaz, le patron du Medef, a déclaré que les entreprises pourraient créer un million d’emplois à la condition qu’on baisse leurs charges de 100 milliards d’euros. Faute d’obtenir 100 milliards, il en obtient 30. Il est temps de se rendre à l’évidence ! Gattaz fils nous fait le coup de Gattaz père.

C’est-à-dire ?

Souvenez-vous, nous sommes au milieu des années 80. Philippe Séguin est ministre de l'Emploi. Que lui dit Yvon, Gattaz père ? «Supprimez l'autorisation administrative de licenciement, et je m'engage à échéance de trois ans à créer 540 000 emplois.» Trois ans plus tard, la France comptait 200 000 chômeurs de plus. Pour s'en justifier, le patronat se réfugiait alors derrière la crise économique et une demande atone. Gattaz fils rejoue la même pièce.

Etes-vous en train d’affirmer qu’il n’existe pas de corrélation entre baisse du coût du travail et création d’emplois ?

Il y a une contradiction entre ces deux termes. Pour être efficace, la baisse du coût du travail doit être violente. Or, lorsqu’elle est violente, elle tue la demande. Il suffit de regarder du côté de la Grèce ou encore de l’Espagne. Croit-on sincèrement que l’Espagne est sortie

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