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Décryptage

«Les quais appartiennent à la SNCF, mais la bordure à RFF»

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Propriétaire du réseau, RFF minimise l'affaire des trains trop larges. Qui met surtout sous les projecteurs les dysfonctionnements kafkaïens du système.

Une nouvelle rame Regiolis, fabriquée par Alstom. (photo Vincent Kessler. Reuters)
Publié le 21/05/2014 à 16h38, mis à jour le 21/05/2014 à 19h56

Tout ce foin pour ça : une facture de 50 millions d'euros. Une larme dans l'océan de dettes du rail (33,7 milliards d'euros), et 1 % seulement du budget alloué en 2014 à sa rénovation (4 milliards d'euros). L'affaire des quais qu'il faut raboter pour accueillir les nouvelles rames plus spacieuses qui vont circuler dès demain dans les régions, racontée par le Canard enchaîné, illustre l'aspect kafkaïen du système ferroviaire, dont la gouvernance est partagée entre RFF, le propriétaire du réseau, la SNCF, l'exploitant, et, sur un strapontin, les régions qui organisent et financent les trajets de 80% des voyageurs empruntant le train.

Le lièvre a été levé l'été dernier par Alain Rousset, le président de la région Aquitaine et de l'Association des régions de France (ARF). Le 4 juillet 2013, lors de l'inauguration du futur TER aquitain qui doit commencer à rouler en 2014, Rousset découvre que les rames débordent par endroits de quelques centimètres la largeur des quais aquitains. Et ce souci ne se limite pas à sa région, mais il concerne 1 300 des 8 700 quais qui bordent les 30 000 kilomètres de voies ferrées en France.

Commandes fermes

Or, il n’est pas question de rétrécir les rames. 331 rames ont été commandées ferme : 182 Regiolis au français Alstom, et 159 Regio 2N au canadien Bombardier. Elles sont au standard international du moment, plus spacieux de 20 cm que les TER de l’ancienne génération. Et 1 800 rames pourraient suivre, selon l’accord de principe signé entre les constructeurs, les régions et la SNCF. La facture du rabotage des quais est évaluée très vite, après relevé minutieux de tous les quais. Elle est chiffrée à 50 millions d’euros à l’automne dernier par les services de la SNCF en liaison avec RFF, qui fait voter ce surcoût à sa charge par son conseil d’administration, dans lequel siège Jacques Auxiette, le président de la région Pays-de-la-Loire.
«Cette affaire met en évidence le dysfonctionnement industriel du système», dénonce Jacques Auxiette à Libération, avec d’un côté le gestionnaire et propriétaire du réseau, RFF, et de l’autre, la SNCF. Le premier délègue au second les travaux. Et c’est la branche infrastructure de la SNCF, avec ses 48 000 salariés, qui exécute les tâches que lui confie RFF. «Cela conduit à une absence de dialogue et un mauvais partage des responsabilités», insiste Auxiette.
De son côté, Jacques Rapoport, le président de RFF, avoue un problème «découvert un peu tardivement, mais pas une boulette», soulignant le choix assumé de cette dépense somme toute modeste en regard de trains plus confortables pour l’usager, et des 3 milliards d’euros qu’a coûtés leur acquisition.

«On est un peu  chez Clochemerle»

«Ce n'est pas une surprise qu'un nouveau matériel nécessite un ajustement», poursuit-on chez RFF. Les quais, construits parfois il y a 100 ou 150 ans, et dont certains ont travaillé ou subi des modifi

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