L’ampleur de l’émotion suscitée ce matin dans le monde par la mort du numéro 1 de Total, Christophe de Margerie, à 63 ans dans le crash de son Falcon sur l’aéroport de Moscou montre que l’homme était bien plus qu’un grand patron. Il était à la fois plus puissant qu’un chef d’Etat et incroyablement humain. C’est cette double caractéristique qui fait de sa disparition - dont les conditions sont dignes d’un roman d’espionnage - un incroyable coup de théâtre sur la scène politico-économique française, européenne et même mondiale tant le groupe pétrolier brassait d’intérêts sur la planète.
«Atypique», c'est le qualificatif qui revient le plus dans les commentaires sur le personnage. De fait, qu'on l'apprécie ou pas, l'homme ne ressemblait à aucun autre. Même s'il était issu d'une famille illustre et fortunée, les héritiers des champagnes Taittinger, il n'en a pas moins démarré par la base, gravissant un à un tous les échelons de Total où il était entré comme stagiaire en 1974 - il y a quarante ans tout juste - avec un «simple» diplôme de Sup de Co Paris en poche (non de Polytechnique ou d'HEC, comme il est d'usage pour un patron du CAC 40). Il gardait de ce parcours un étrange mélange de complexe d'infériorité et de supériorité. C'est justement parce qu'il était parvenu à prouver que la valeur d'un diplôme ne fait pas forcément un bon patron qu'il se sentait plutôt très à l'aise avec tous les polytechniciens, énarques et autres diplômés d'HEC qui trustent les plus hauts é