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Interview

«Il y a urgence car le secteur est hypertrophié»

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Pour l’ancien banquier et ex-membre de l’Autorité des marchés financiers Jean-Michel Naulot, les Etats doivent se dépêcher de réguler :

Publié le 08/12/2014 à 20h16

Ancien membre de l’Autorité des marchés financiers (AMF), Jean-Michel Naulot (1) pointe les dangers d’une sphère financière toute puissante et plaide pour une taxe sur les transactions financières (TTF).

Etes-vous confiant sur l’instauration d’une TTF ?

Non. J'y ai cru à l'automne 2009. Nous étions alors au lendemain de l'explosion de la crise. Adair Turner, à l'époque en charge de la régulation à la City, souhaite «corriger un secteur financier qui a enflé au-delà d'une taille socialement utile». Le Premier ministre britannique de l'époque, Gordon Brown, lui apporte son soutien. Jean-Pierre Jouyet, président de l'AMF en 2009, me confie alors : «Si les Anglais s'y mettent, c'est que les lignes vont enfin bouger dans la finance.»

Que se passe-t-il ensuite ?

Nous sommes toujours à l’automne 2009, au G20 de Pittsburgh. Les Etats-Unis sont contre une taxe, Dominique Strauss-Kahn, alors patron du Fonds monétaire international, l’est tout autant, Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois et patron de l’Eurogroupe, y est farouchement opposé… La messe est dite au printemps 2010, quand David Cameron est nommé Premier ministre en Grande-Bretagne. Certes, le candidat Hollande l’a inscrit dans son programme et ça plaît aux opinions. Mais on connaît la suite…

C’est-à-dire ?

Le renoncement des gouvernements à prendre le sujet des dangers de la finance à bras-le-corps. Le sommet de l’hypocrisie est atteint le 22 janvier 2013, lors de la réunion des ministres européens des Finances. Ce jour-là est engagée une coopération renforcée de onze pays pour avancer

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