Ils l’ont tous mauvaise. Analystes financiers, trésoriers d’entreprise… Aucun n’avait anticipé la décision de la Banque nationale suisse (BNS). D’ordinaire, les banquiers centraux balancent des petites phrases pour préparer le terrain à un changement de cap monétaire pour éviter l’effet de surprise et les mouvements de surréactions des marchés financiers au moment où les paroles deviendront actes. Là, pas le moindre signal. Du moins jusqu’à jeudi matin.
Pilier. La planète finance découvre alors un communiqué de la BNS dans lequel elle annonce l'abandon du taux plancher de conversion du franc suisse, un pilier de sa politique monétaire depuis septembre 2011 qui fixait 1,20 franc suisse pour 1 euro. Cette décision avait été prise en pleine crise des dettes souveraines de la zone euro. A l'époque, les détenteurs de capitaux cherchent à se prémunir contre toute dépréciation de leur monnaie. Et le franc suisse est un bon coffre-fort. Seulement voilà, convertir ses dollars ou ses euros en francs suisses, c'est faire flamber la devise helvétique. Et c'est justement pour siffler la fin de la récré et défendre la compétitivité des entreprises suisses que la BNS décide de fixer un plancher à la valeur de sa monnaie.
C'en est fini de cette protection monétaire. Depuis l'annonce de la BNS, le franc suisse est libre de s'apprécier au gré des mouvements monétaires. Résultat, jeudi, en moins d'une heure, il s'est envolé de plus de 30% par rapport à l'euro ou au dollar. La BNS a aussi indiqué que les taux négatifs appliqués aux gros dépôts en francs suisses seront alourdis (- 0.75%) afin de décourager les spéculateurs. Pour nombre d'économistes, cette décision est en lien directe avec la prochaine réunion de la Banque centrale européenne (lire pages 16 et 17). Un prochain assouplissement monétaire au niveau de la zone euro diminue le risque d'une nouvelle crise obligataire. La BNS n'aurait donc plus de raison de maintenir un plancher de parité pour sa devise.
«Tsunami». En attendant, les entreprises suisses, dont les prix à l'export augmentent au même rythme que le franc suisse, évoquent «un tsunami financier».La Bourse suisse perdait près de 9% jeudi. Il y a aussi des victimes collatérales, comme ces 700 000 ménages polonais qui détiennent des crédits immobiliers libellés en devise helvétique : leurs zlotys décrochaient de 20% face au franc suisse.




