Le temps des civilités officielles aura été de courte durée. Une fois saluée la victoire de Syriza, il faut se rappeler au bon souvenir de la Grèce. C'est ce qu'a fait le président de l'eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, qui déclarait lundi «que faire partie de la zone euro signifie qu'il faut respecter l'ensemble des accords déjà passés». Ou encore de la Commission européenne qui dit «respecter entièrement le choix souverain et démocratique des Grecs». Mais sans piper mot sur la volonté du nouvel homme fort d'Athènes : remettre en cause l'austérité imposée au pays. En attendant, les places financières étaient insensibles lundi à la victoire de Syriza, l'euro allant jusqu'à gagner quelques cents de valeur contre le dollar. Mais s'il vient de gagner chez lui, Aléxis Tsípras n'a pas pour autant gagné la partie. Questions autour d'une (re)négociation d'une dette qui s'annonce difficile.
Quel est l’état de la dette ?
Mai 2010. Pour éviter la faillite de l’Etat grec croulant sous une dette colossale, une première intervention de l’UE, de la BCE et du FMI injecte 110 milliards d’euros. Sous forme de prêts, les échéances de cette première aide à Athènes courent jusqu’en 2047. Mais en vain. Malgré les efforts draconiens imposés aux Grecs afin d’assainir leurs finances publiques, la situation est désastreuse.
Déficits publics, chômage, pauvreté, production… tous les indicateurs virent au rouge vif. En mars 2012, ses créanciers bouclent un second programme de prêts, de 130 milliards. Il s’accompagne d’un effacement inédit de 55% de la dette grecque détenue par ses créanciers privés. Ces derniers n’ont d’autres choix que d’accepter une décote de 107 milliards d’euros.
Au bout du compte, la Grèce se retrouve aujourd’hui avec une dette de près de 319 milliards d’euros, soit 175,5% de son produit intérieur brut. Qui détient cette dette ? Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) en détient la plus grosse part (141,8 milliards), devant d’autres investisseurs, des banques notamment (près de 65 milliards d’euros) les pays de la zone euro (53 milliards), le FMI (32) et la Banque centrale européenne (27).
Pourquoi cette dette est-elle insoutenable ?
Rares sont ceux qui considèrent que la dette grecque est soutenable. Certains, à l'instar de Thibault Mercier, de BNP Paribas, soulignent qu'elle «s'étale sur plus de vingt et un ans, avec en prime des taux d'intérêts relativement faibles, du moins pour la partie de la dette qui dépend du FESF, de la BCE ou encore du FMI». En attendant, la dette grecque n'a cessé de gonfler. Preuve s'il en fallait que la thérapie de choc semble provoquer plus de mal que de bien.
D'ordinaire, deux paramètres servent à mesurer la soutenabilité d'une dette publique. Le déficit public : si un pays affiche un solde primaire positif de ses finances publiques (hors service de la dette), alors la dette est considérée comme soutenable. Certes, la Grèce affiche un excédent primaire légèrement positif, mais personne pour se risquer à crier victoire. D'autant plus que le second critère, celui de la croissance et du taux d'intérêt, a toujours été négatif. Selon Dominique Plihon, professeur d'économie à Paris-XIII, «dans le cas de la Grèce, c'est simple : la croissance est en moyenne toujours inférieure au taux d'intérêts moyen de la dette. En clair, la dette avance plus vite que ne progresse le PIB. C'est donc sans espoir». Pour Kostas Vergopoulos, professeur d'économie émérite, «le niveau de la dette n'est pas viable pour la Grèce qui consacre 20% de son PIB à ses créanciers».
Comment la renégocier ?
Il y a la méthode radicale : celle qui consiste à l’effacer d’un trait. Ses partisans ne manquent pas de rappeler l’exemple des Etats-Unis en 1953. A l’époque, et pour s’assurer que l’Allemagne de l’Ouest constitue un élément stable et central dans le bloc atlantique, les Etats-Unis et ses alliés créanciers, effacent d’un coup près de 70% de la dette allemande.
La Grèce n’a d’autres choix que négocier avec la troïka. Décréter unilatéralement un non-remboursement (un défaut) total de sa dette, c’est l’assurance de s’isoler non seulement du reste de l’Europe, mais aussi des marchés financiers. Tous ceux qui seront autour de la table des prochaines négociations savent que cette option est une déflagration à deux niveaux : la première pour la Grèce, la seconde pour l’Union européenne qui n’en sortirait pas indemne. A l’instar de l’Argentine au début des années 2000, pas le moindre investisseur ne consentira à souscrire à de nouvelles obligations grecques. Le nouveau Premier ministre Aléxis Tsípras l’a bien compris. Ce dernier plaide pour une discussion large : une conférence paneuropéenne dans laquelle serait soumis non seulement le cas de la dette grecque, mais plus largement celui des pays les plus endettés de la zone euro.
Certes, pour l’instant Benoît Cœuré, membre du directoire de la BCE, a exclu toute restructuration de la dette. Pour autant, il n’est pas certain que la troïka ne se résolve à faire un geste. Plusieurs options s’offrent à elle. Nombre d’économistes estiment que la plus probable sera un mélange de différentes solutions. Une dose de réduction de dette du côté du FESF, où est logé l’essentiel de la dette grecque, avec en prime un gel temporaire des décaissements d’Athènes. Pas sûr que cela suffise à remettre la Grèce en état de marche.
Photos: Emilien Urbano. MYOP DIFFUSION




