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Récit

En Allemagne, une croissance d’acier

PIB. Une hausse de salaire dans la métallurgie devrait bénéficier à tout le pays en soutenant la demande.

Une unité de production sur le site de Porsche à Stuttgart, le 11 mars 2014. (Photo Thomas Kienzle. AFP)
ParNathalie Versieux
Berlin, de notre correspondante
Publié le 26/02/2015 à 19h36

La fédération patronale allemande de la métallurgie, Gesamtmetall, et le syndicat IG Metall se sont mis d’accord, mardi, pour augmenter de 3,4% les salaires du secteur dans le land du Bade-Wurtemberg. C’est une victoire indéniable pour IG Metall, qui avait lancé plusieurs grèves d’avertissement très suivies pour une revendication initiale de 5,5% d’augmentation des salaires. Le patronat avait fait une contre-proposition à 2,2%.

Le salaire moyen de la branche passe ainsi de 57 000 à 59 000 euros brut annuels. Avec une inflation attendue de 0,3% sur l'année, les travailleurs vont bénéficier d'une augmentation réelle de plus de 3%. «C'est l'augmentation de salaire réel la plus élevée depuis des décennies», soupire le patronat. «Le moteur conjoncturel pour l'heure le plus important - la consommation des ménages - continue à tourner», se félicite le principal négociateur régional d'IG Metall, Roman Zitzelsberger.

Pétrole. De fait, l'économie allemande, qui avait fini 2014 sur une croissance inattendue de 0,7% après deux trimestres décevants (- 0,1% au deuxième trimestre, + 0,1% au troisième) est désormais tirée par la demande intérieure, passée devant les exportations. Depuis deux ans, la consommation irrigue la croissance allemande et le chiffre d'affaires de la grande distribution au moment des fêtes de fin d'année a été très élevé l'an passé. La consommation des ménages a progressé de 0,8% au dernier trimestre 2014.

Les foyers ne sont pas incités à épargner du fait du faible niveau des taux d'intérêt, alors que leur pouvoir d'achat a augmenté grâce au faible taux d'inflation, aux hausses des salaires et au faible coût du pétrole… «La baisse du prix du baril commence à faire son chemin vers la poche des consommateurs», se félicite Carsten Brzeski, chef économiste chez ING. «Les foyers ont plus d'argent dans la poche et ils le dépensent», constate Johannes Gareis, analyste chez Natixis. Et, ajoute-t-il, le marché du travail fonctionne : «Le cas de la métallurgie montre qu'on peut s'attendre à des hausses de salaires conséquentes», alors que le pays compte un nombre record de salariés : 43 millions fin 2014, soit 410 000 de plus que fin 2013. «On a pu craindre un instant que les syndicats anticipent la baisse de l'inflation et ne présentent pas des revendications modérées cette année, explique Johannes Gareis. Ce n'est pas le cas. IG Metall n'a pas adapté ses revendications à l'inflation.» Par ailleurs, les exportations ont battu l'an passé un nouveau record, à1 095,8 milliards d'euros, en hausse de 3,7% sur un an. La République fédérale a terminé l'année sur un solde commercial positif de 217 milliards d'euros, en hausse de 11%.

Locomotive. Certains économistes y voient une source d'inquiétude pour l'avenir, en raison des turbulences de la demande mondiale, de la situation en Ukraine et des incertitudes autour de la Grèce. «En Grèce, la situation n'est pas si grave qu'en 2011 car les banques allemandes y ont peu d'engagements, souligne encore Johannes Gareis. Mais on ne sait pas quel serait l'effet d'un "Grexit" sur la confiance des entreprises et des ménages. Une sortie de la Grèce de la zone euro - qui semble pour l'instant écartée - pourrait avoir des conséquences imprévisibles.»

L’Allemagne est donc redevenue la locomotive de la zone euro. Du coup, les analystes revoient les uns après les autres leurs prévisions pour 2015 à la hausse. Natixis mise désormais sur une croissance de 1,7% pour cette année en République fédérale.

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