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Interview

Crash : «On se heurte à l’exploitation à chaud»

Germanwings . L’expert François Grangier revient sur les données de la seconde boîte noire de l’A320.

La seconde boîte noire de l’A320 a été retrouvée jeudi. (Photo Boris Horvat. AFP)
Publié le 03/04/2015 à 19h26

Il y avait peu de doutes. La seconde boîte noire confirme ce que l'enregistreur de voix laissait supposer : l'A320 de Germanwings a été volontairement dirigé sur la montagne par Andreas Lubitz. Le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) a livré vendredi les premiers éléments du Flight Data Recorder (FDR) retrouvé la veille : «Le pilote présent dans le cockpit a utilisé le pilote automatique pour engager l'avion en descente vers une altitude de 100 pieds [30 mètres, ndlr], puis, à plusieurs reprises au cours de la descente, le pilote a modifié le réglage du pilote automatique pour augmenter la vitesse de l'avion en descente.» François Grangier, pilote et expert enquêtes-accidents, fait le point.

Ces éléments apportent-ils des éclaircissements ?

Pour l’instant, cela confirme qu’une personne a agi sur les automatismes de l’avion. Maintenant, le BEA, en comparant avec l’enregistreur sonore, devra déterminer si le copilote était seul dans le poste de pilotage.

Ne peut-on pas déjà le savoir avec les éléments dont on dispose ?

C’est une enquête et, dans une enquête, il faut démontrer. Avec les deux boîtes noires, on va pouvoir comparer un bruit avec une modification de paramètre enregistrée sur le FDR. Et éventuellement démontrer combien il y avait de personnes dans le cockpit et, si possible, qui était cette personne. On a dit qu’on entendait la respiration, cela veut dire que la personne utilisait l’interphone de bord par le biais du casque ou celui du masque à oxygène. Les enquêteurs vont chercher des débris, des restes mélangés à un casque audio, et pouvoir déterminer avec certitude qui le portait.

Les recommandations imposant la présence de deux membres d’équipage dans le cockpit vont-elles dans le bon sens ?

Non. On se heurte à l’exploitation à chaud et la nécessité de dire : «Vous voyez, là, on agit.» Alors qu’on pourrait prendre plus de temps. A mon avis, c’est totalement inutile. Ce n’est pas deux personnes qu’il faut, mais trois. Il est facile d’assommer un collègue, c’est bien plus difficile d’en assommer deux. Mais qui va-t-on mettre dans le cockpit ? Il faut trouver la personne en question, être sûr qu’on n’introduit pas un facteur de risque terroriste. D’où un processus de sélection qui coûte cher. De toute façon, ce n’est pas en réfléchissant quarante-huit heures qu’on va trouver la solution.

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