Si la monnaie se substitue au troc, c’est pour faciliter l’échange. Si elle se dématérialise, c’est pour réduire les coûts de transactions. Et si elle se complexifie, c’est par commodité. Cette vision ne serait-elle pas une construction qui, en mettant en avant une rationalité toujours plus grande, occulterait l’essentiel ? La monnaie a un rôle social aussi important, sinon plus, que son rôle technique. Telle est en substance, la conclusion de la «mission d’études sur les monnaies locales complémentaires et les systèmes d’échanges sociaux» qui a remis son rapport le 9 avril à Carole Delga, la secrétaire d’Etat chargée de l’Economie sociale et solidaire. Ce travail sur les monnaies alternatives avait été commandé par Cécile Duflot et Benoît Hamon, respectivement ex-ministre du Logement et ex-ministre délégué à l’Economie sociale et solidaire.
Qu’apprend-on à sa lecture ? II existe depuis plus de vingt ans des systèmes d’échanges locaux (SEL) basés sur l’échange de produits et services au sein d’une communauté restreinte. Il y a aussi les «accorderies», un système de crédit temps utilisé au niveau des quartiers, où quel que soit le service échangé, une heure rendue égale une heure reçue. Et il existe désormais des monnaies locales complémentaires (MLC).
Une trentaine de ces devises, comme l’abeille de Villeneuve-sur-Lot, le sol-violette de Toulouse ou la muse d’Angers existent depuis peu en France. La mécanique est simple. Il suffit d’échanger auprès d’une chambre de compensation locale, un euro contre, par exemple, un eusko. Eusko kesako ? C’est justement la nouvelle monnaie locale complémentaire basque qui se veut aussi un outil de relocalisation de l’économie, puisqu’elle n’est utilisable qu’entre prestataires ayant leur activité au Pays basque. L’intérêt ? Promouvoir l’emploi local, la solidarité entre les entreprises, le lien au territoire et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Certes, les auteurs du rapport soulignent que le mouvement est encore relativement timide en France. Mais il explose en Suisse, au Japon, au Brésil. Le monde compte plus de 5 000 monnaies locales et solidaires. A mille lieux du bitcoin, cette monnaie cryptée informatique qui se revendique apatride et apolitique et permet tous les business.




