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Libération

Une filière sous l’œil de la sévère Autorité de sûreté nucléaire

L’organisme de contrôle, qui anticipe un «énorme effort», a su s’imposer en neuf ans d’existence.

Publié le 16/04/2015 à 20h16

Mercredi, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) se pliait à son grand oral annuel. Présenter aux députés et sénateurs de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) son rapport sur l'état de la sûreté nucléaire en France. Un état «globalement assez satisfaisant en 2014», selon son président, Pierre-Franck Chevet, qui précise que «la qualité d'exploitation des installations nucléaires est satisfaisante ou bonne». Mais que, en revanche, la préparation des travaux futurs pour l'amélioration de la sûreté, qu'il s'agisse des actions post-Fukushima ou de la prolongation de la durée de vie des réacteurs d'EDF, va exiger «un énorme effort».

L’an dernier, l’ASN a de nouveau justifié sa réputation d’organisme de contrôle nucléaire le plus sévère du monde. Le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives n’a pas les moyens de mettre à niveau son réacteur Osiris, à Saclay (Essonne), pourtant chargé de produire les radio-isotopes pour la médecine ? Il sera donc fermé fin 2015, a tranché l’ASN. La société Cis Bio International, elle aussi impliquée dans la médecine nucléaire, n’a pas mis en œuvre ses exigences pour la protection incendie ? L’ASN impose le séquestre d’une somme d’argent qui ne lui sera rendue qu’après les travaux. Areva et EDF ont du mal à fournir les justifications techniques de la qualité d’un générateur de vapeur à installer sur la centrale du Blayais (Gironde) ? Le remplacement du générateur de vapeur est bloqué, empêchant la remise en route d’un réacteur. Et il semble bien que la narration inexacte par EDF d’un incident, par ailleurs bénin, en salle des machines de Fessenheim (Haut-Rhin), pourrait lui valoir une action en justice.

«Grand carénage». Ces quelques exemples de l'action de contrôle très strict de l'ASN sur le risque nucléaire s'inscrivent dans une action massive. Plus de 2 100 inspections, sept exercices de crise, des avis, des autorisations, des prescriptions… les près de 500 agents de cette autorité administrative indépendante, créée par la loi en 2006, utilisent à plein leurs pouvoirs d'investigation et de décision. Pouvoirs dont Chevet réclame par ailleurs l'extension, avec la capacité d'infliger des «amendes journalières» lorsqu'un exploitant tarde à mettre en œuvre ses prescriptions.

Parmi les députés et sénateurs présents très peu nombreux, Denis Baupin (Europe Ecologie-les Verts) s'est inquiété de la capacité d'Areva, en crise financière, à faire face à ses impératifs de sûreté. Pierre-Franck Chevet a indiqué que l'ASN allait convoquer «l'état-major d'Areva» pour l'interroger sur ce point. Et a confirmé, en réponse à une autre question de Denis Baupin, que la centrale de Fessenheim, comme les autres, «n'était pas encore au niveau post-Fukushima» fixé par l'ASN. Le président de l'ASN a précisé que, certes, EDF a presque fini l'implantation des mesures d'urgence réclamées après le désastre japonais : ajouts de générateurs diesels, de sources d'eau et mise en place d'une Force d'action rapide nucléaire capable de se déployer en urgence sur un site accidenté. En revanche, la construction des «noyaux durs», prévus pour faire face à des événements plus graves que ceux envisagés lors de la conception, et comprenant la bunkérisation des diesels et du centre de crise ainsi que la protection de la source d'eau froide, s'étalera jusqu'en 2020.

Pour le nucléaire français, avertit Pierre-Franck Chevet, les années à venir seront celles de chantiers de très grande ampleur : le «grand carénage» des centrales d’EDF (couplé aux prescriptions post-Fukushima) pour en prolonger la vie après 40 ans ; les démantèlements des vieilles installations du commissariat à l’énergie atomique, de l’usine Eurodif (Drôme) où était enrichi l’uranium, et des plus anciennes usines d’Areva à La Hague (Manche).

«Pic d'activité». Quant à la mise en service de l'EPR de Flamanville (Manche), l'ASN vient de recevoir le dossier d'EDF pour son autorisation : «40 000 pages», souligne Pierre-Franck Chevet. Les industriels vont devoir faire face à ces chantiers en veillant à la compétence des personnels à embaucher. Le système de contrôle (composé de l'ASN et de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) manquerait, lui, de «200 personnes», estime Chevet. Il réclame des moyens supplémentaires pour absorber un «pic d'activité» concentré sur une dizaine d'années. Pour l'instant, l'Etat ne lui a accordé que 30 postes. Il propose donc de faire payer les industriels, via une «taxe affectée» sous le contrôle du Parlement.

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