Une page de l’histoire de Volkswagen vient de se tourner. Ferdinand Piëch, 78 ans, le patriarche autoritaire qui tirait les ficelles du groupe depuis vingt-sept ans, a démissionné samedi de toutes ses fonctions, mettant ainsi fin à deux semaines d’une lutte de pouvoir de plus en plus préjudiciable à l’entreprise.
Tout a commencé le 11 avril, par une petite phrase, extraite d'une interview de Piëch au magazine Der Spiegel : «J'ai pris mes distances avec Winterkorn.» Martin Winterkorn, dit «Wiko», 67 ans, bras droit de Piëch depuis de longues années, technicien hors pair et très apprécié des représentants des salariés, est le président du directoire de Volkswagen.
Harmonie. La petite phrase fait l'effet d'un tremblement de terre. Wiko forme avec Piëch - gros actionnaire et président du conseil de surveillance - un tandem dont l'apparente harmonie est considérée comme l'un des facteurs du succès de VW. En poste depuis 2007, Winterkorn peut se targuer d'un bilan impressionnant : depuis son arrivée, les exportations ont augmenté de 64%, le chiffre d'affaires de 86% et le bénéfice opérationnel a triplé. Malgré quelques ombres noires au tableau : les faiblesses de la marque Volkswagen par rapport aux joyaux du groupe que sont Audi ou Porsche, les difficultés de la division poids lourds et l'incapacité de VW à s'imposer sur le marché américain.
Les analystes s'accordent toutefois pour dire que Winterkorn n'a pas à rougir de son bilan. Ce qui explique que Ferdinand Piëch ait perdu cette guerre. «Le vainqueur de ce bras de fer est l'alliance formée par les représentants des salariés au sein du conseil de surveillance avec le Land de Basse-Saxe, dirigé par les sociaux-démocrates, estime le spécialiste automobile Ferdinand Dudenhöffer, de l'université de Duisbourg. Le but de cette alliance est d'abord de sauver l'emploi au pays des hauts salaires qu'est l'Allemagne, ce qui n'est pas forcément dans l'intérêt de VW à long terme.»
En clair, le SPD et les syndicats, associés à la gestion du groupe conformément à la tradition de la cogestion à l’allemande, se sont imposés en choisissant de maintenir Winterkorn et de virer «le vieux» au moment où le groupe s’apprête à mettre en œuvre un programme d’économie de 5 milliards d’euros. Ce plan ne devra pas se faire au détriment des salariés allemands.
En attendant, les spéculations vont toujours bon train sur les raisons de la disgrâce de Winterkorn auprès de son mentor. Hypothèse la plus fréquente : Ferdinand Piëch voulait imposer son épouse Ursula, 59 ans, pour lui succéder. N’ayant pu faire passer cette idée, il aurait cherché à débarquer Winterkorn en poussant un nouveau duo, formé par le patron de Porsche, Matthias Müller, et l’ancien chef de BMW, Herbert Diess, nommé à la tête de la marque Volkswagen en février… Mais le plan a fait long feu.
Discrédit. «Piëch est devenu la victime du style de direction qu'il a lui-même imposé, constate l'analyste automobile Stefan Bratzel. La façon dont il a dû démissionner fait penser aux nombreux changements de direction qu'il a provoqués de façon brutale.» Les deux prédécesseurs de Winterkorn avaient ainsi appris par voie de presse leur discrédit.
Sorti par la petite porte, Ferdinand Piëch pourrait continuer de jouer un rôle important chez Volkswagen, dont il reste un des principaux actionnaires. Le groupe devrait proposer un successeur à l’assemblée générale des actionnaires du 5 mai.




