Il se croyait incassable. Au retour d'une soirée, Marius rentre chez lui en banlieue parisienne, sur son scooter. «Il était 4 heures du matin, j'avais le téléphone à la main, j'avais bu, j'ai fait la totale.» C'était en 2013, ce jeune élagueur vivait à 10 000 à l'heure. «Je grimpais dans les arbres, je roulais à moto, j'avais peur de rien, je m'en tirais toujours.» Cette nuit-là, il dévie de sa route et percute un arbre. A 25 ans, Marius est désormais tétraplégique. Ses jambes hors d'usage, il peut bouger ses bras mais ses triceps ne répondent plus et il ne peut plus ouvrir ses doigts.
Comment faire passer les messages de prudence, c’était une des problématiques soulevées jeudi à l’hôpital Poincaré de Garches (ouest parisien), qui soigne les traumatisés de la route et où Marius poursuit sa rééducation depuis presque deux ans. C’est dans cet établissement que le délégué interministériel à la sécurité routière, Emmanuel Barbe, a présenté jeudi les chiffres définitifs de l’accidentalité routière pour l’année 2014.
L’accidentalité routière en 2014
Hausses. Des chiffres en hausse, pour la première fois depuis douze ans. Il y a eu 3,5 % de tués en plus l'an dernier par rapport à 2013. Au total, 3 384 personnes ont perdu la vie, soit 116 de plus que l'année précédente. «Cela ressemble à un bilan de guerre», lance le délégué, qui précise que depuis 1948, environ 680 000 personnes sont mortes sur les routes de France. Le nombre d'accidents corporels est en hausse (+2,4 %), de même que le nombre de blessés, qui passe de 70 607 à 73 048 (+3,5 %).
Piétons, cyclistes, cyclomotoristes, utilisateurs de voitures, de véhicules utilitaires, ça grimpe presque partout. Il n'y a que parmi les motards et les chauffeurs de poids lourds que la baisse se poursuit… très légèrement. Même le nombre de piétons décédés sur autoroute est en très forte hausse : «Habituellement, les chiffres tournent autour de 20 ou 25 morts ; cette année, il y en a eu 44», explique Manuelle Salathé, secrétaire générale de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR).
La responsable de l'Observatoire ne peut que constater «une attitude générale de relâchement vis-à-vis des règles sur les routes. On le voit bien, par exemple, avec la vitesse». Depuis 2000, des mesures sont réalisées par l'ONISR : à l'exception des villes, les vitesses moyennes pratiquées sont toutes en hausse pour 2014, que ce soit sur autoroutes ou sur les routes limitées à 110 km/h ou 90 km/h. La vitesse, suivie de l'alcool, reste d'ailleurs la première cause d'accidents mortels.
Emmanuel Barbe est plus tranchant : «C'est de la violence routière, nous sommes en train de parler de délinquance.» Et de préciser que les infractions routières ont augmenté en 2014 de plus de 17 %, avec cet autre chiffre étonnant : les délits de fuite ont augmenté de près d'un quart (+23 %).
Imprudence. Manuelle Salathé pointe aussi des comportements imprudents qui perdurent : «La ceinture de sécurité, on pense que c'est acquis, que tout le monde la met, mais c'est faux.» En 2014, 21 % des automobilistes tués ne la portaient pas.
Emmanuel Barbe mise en partie sur les mesures qui entrent en vigueur cet été pour faire baisser le nombre d’accidents : l’abaissement à 0,2 g par litre du taux d’alcoolémie autorisé pour les conducteurs novices, et l’interdiction des casques et oreillettes au volant et à vélo. Il compte aussi sur une prise de conscience collective. C’est mal parti : les chiffres provisoires pour le premier trimestre 2015 sont encore plus mauvais que ceux des trois premiers mois de 2014.




