Un interrupteur sans fil et sans pile, une sonde manuelle pour détecter les tumeurs de la peau, une solution à bas coût de stockage de l’énergie grâce… au béton : trois projets aux allures de concours Lépine high-tech, portés par trois start-up françaises ont été récompensés jeudi soir par le Prix EDF Pulse.
Dans la liste de prix concernant l’innovation, le prix EDF Pulse se distingue par le mode de désignation des lauréats. Après une première sélection réalisée par un jury parmi la centaine d’initiatives internationales présentées sur le site (un vélo à hydrogène, un arbre éolien, des dalles productrices d’électricité, le parpaing écolo, la douche intelligente, etc.) les six projets nominés ont été soumis au vote des internautes. Durant un mois, d’avril à mai, 122 000 personnes se sont ainsi prêtées au jeu, désignant trois lauréats dans trois catégories différentes. Jeudi soir, pour cette deuxième édition, ils se sont vus remettre leurs trophées, accompagnés d’un chèque de 100 000 euros chacun. De quoi voir venir et, surtout, finaliser leurs projets. Retour sur trois innovations qui, dans les mois et années à venir, pourraient modifier le monde de la santé, de la maison et de l’énergie.
EnerBee, tout est dans le geste
Le marché des piles boutons se porte bien, merci pour lui : trente milliards vendues chaque année dans le monde. Pourrait-on se passer de quelques-unes d'entre elles ? Oui, répond EnerBee, qui a l'intention de faire sa fête au lithium-ion. Un exemple : la télécommande de votre voiture. Une pression pour la verrouiller, une autre dans l'autre sens. Cette information envoyée à la voiture nécessite une source d'énergie, d'où la pile dans la télécommande. Mais en réalité, l'énergie nécessaire à cette action est très faible, «il ne faut presque rien» assure Pierre Coulombeau, patron de la start-up grenobloise. Et ce presque rien, Enerbee propose de le produire grâce… à la pression du bouton de la télécommande. L'entreprise a mis au point un petit générateur d'énergie associant le magnétisme et la piézoélectricité, à peine plus gros que ces fameuses piles boutons, et qui utilise le mouvement des objets pour produire de l'électricité. Ce générateur pourrait s'inviter dans toutes sortes d'appareils. Des fabricants proposent depuis peu des interrupteurs variateurs de lumière sans fils. On pose le boîtier sur le mur, une douille connectée au plafond et bingo, plus besoin de tirer des fils depuis le compteur. Inconvénient : ce boîtier a besoin de piles. Enerbee lève cette contrainte. Idem pour les montres, les télécommandes de parking, et pour de nombreux objets connectés qui, dans les années à venir, vont se loger dans tous les coins de notre maison. La petite invention est en test et Pierre Coulombeau envisage un lancement de production à la fin de l'année.
Voss, la «batterie» en béton
Le nom du produit ne dit rien : Voss est un volant d’inertie. Et puis il n’a rien de neuf, car ce système de stockage d’énergie électrique existe depuis longtemps. Quant au cœur de l’innovation, il fait sourire : c’est du béton. Et pourtant. Si Energiestro, la start-up installée à Châteaudun (Eure-et-Loir) qui a conçu Voss, parvient à finaliser son projet, de gros cylindres pourraient bientôt pousser au pied des fermes photovoltaïques. Car c’est là qu’ils pourraient trouver naturellement leur place. Actuellement, ces fermes fournissent des réseaux nationaux en énergie issue du solaire. Et quand passe un nuage, que la production s’arrête, le reste du réseau de production prend la relève.
Mais dans les régions isolées, sur les îles, ces fermes ne sont pas reliées à un maillage plus large. Le seul moyen d’assurer une livraison permanente et régulière d’électricité est de disposer de solutions de stockage. Or, les batteries, pour ce type de quantités industrielles, ça coûte cher. L’alternative : le volant d’inertie. C’est un gros cylindre, une tonne minimum, posé sur un axe vertical qui tourne sur lui-même. Un moteur, alimenté par les panneaux, le fait gentiment monter en vitesse puis, quand passe le nuage et que la production solaire s’interrompt, le volant prend le relais. Agissant comme une dynamo, il tourne sur son élan et fournit l’électricité le temps que revienne le soleil. Problème : là encore, ce système est onéreux, essentiellement en raison de l’acier ou du carbone nécessaires à la réalisation du cylindre.
C'est là qu'intervient Voss, la «batterie perpétuelle» d'Energiestro. Avec une idée simple : et si on remplaçait l'acier par du béton pas cher ? Sauf que ce n'est pas simple du tout. Le béton est résistant quand il est en compression. Mais soumis à une force centrifuge, il se fissure. L'apport d'Energiestro, c'est un béton d'un genre nouveau, associé à un liant «maison» qui assure la bonne cohésion du matériau. «Avec Voss, on propose un coût de stockage de l'énergie de 2 centimes du kwh, contre 10 centimes pour une batterie classique, assure André Gennesseaux, fondateur de la start-up. Or, celui qui arrive à stocker à ce prix, il chamboule le marché.»
Reste que tout dépend aussi du temps pendant lequel le volant peut tourner sur son élan et ainsi livrer de l'énergie. Les volants d'inertie actuels ne tournent que quelques minutes. Energiestro promet un volant qui, cloîtré dans un caisson sous vide et soumis à de très faibles frottements, pourra livrer de l'énergie pendant une heure. «Mais à terme, on vise les six, sept heures, de quoi produire de l'électricité durant toute une nuit, le temps d'inactivité des panneaux», complète André Gennesseaux. L'équipe, qui doit encore construire un prototype, annonce les premières livraisons dans un ou deux ans.
Damae, le cancer à vue d’œil
Comment détecter avec certitude une tumeur de la peau ? Un petit prélèvement s’impose, suivi d’une analyse en labo, suivi d’une attente. Autre solution : une biopsie optique, donc non invasive, réalisée avec un appareil du même type que celui utilisé pour les échographies. Cet appareil n’existe qu’à quelques exemplaires, et est en cours de validation à l’occasion de tests précliniques. Mis au point par la toute jeune société Damae médical, cet appareil permet, par un simple contact sur la peau, d’évaluer rapidement la malignité d’un cancer cutané. Il va sonder les tissus jusqu’à un millimètre d’épaisseur et, selon ses promoteurs, offre une imagerie médicale d’une extrême précision. Les tests actuels permettent d’affiner cette biopsie non invasive. Puis devraient suivre dans les prochains mois des essais cliniques afin d’évaluer statistiquement le dispositif. Avec, espèrent-ils, un déploiement en hôpital et chez les dermatologues fin 2016.
Près de 80 000 cancers de la peau sont diagnostiqués chaque année. Les mélanomes, les plus graves, ont plus que triplé entre 1980 et 2005. L’Institut de veille sanitaire (InVS) estime qu’ils ont été responsables de 1 620 décès en France en 2011.




