«Cette fois, on a vraiment atteint un point de non-retour. Car on crève à petit feu.» La phrase est prononcée par Kevin, chauffeur de taxi parisien. S'il n'a pas pris part à l'action menée dans la nuit de vendredi à samedi à Paris par les taxis contre les conducteurs UberPop, ce trentenaire, très remonté contre le service de transport rémunéré entre particuliers, applaudit l'annonce d'une rencontre entre fédérations de taxi mercredi après-midi. Rencontre dont l'objectif est d'envisager tout ce qui peut être mis en œuvre pour contrer le «transport au noir» et «la concurrence déloyale» orchestré par la multinationale américaine. Faute d'une «intervention enfin productive des pouvoirs publics, met-il en garde, la situation va déraper. Et l'Etat ne pourra pas dire qu'il n'a pas été prévenu».
Ce week-end, place Denfert-Rochereau, une cinquantaine d'artisans-taxis ont mené une opération contre des chauffeurs du service UberPop. Soit des particuliers qui proposent de transporter d'autres particuliers dans leur véhicule personnel moyennant rémunération, mais sans posséder de licence ou d'autorisation de conduite à titre professionnel. Cette nouvelle action des chauffeurs de taxis contre ces amateurs non-déclarés fait suite à des opérations identiques menées en province, à Bordeaux, Lyon ou Marseille. La profession est d'autant plus remontée que jeudi, un chauffeur UberPop poursuivi pour exercice illégal de l'activité d'exploitant de taxi, a été relaxé à Paris. Une première qui a suscité la «très grande satisfaction» de la société Uber mais scandalisé les taxis.
Ulcérés, ces derniers, par la voie de leurs fédérations, ont décidé de se réunir mercredi après-midi pour «envisager les formes d'actions possibles», annonce Jean-Michel Rebours, de la Fédération nationale des artisans taxis (Fnat), plus ancienne et importante fédération sur le plan national. «Toutes les fédérations professionnelles seront présentes, annonce le syndicaliste, selon lequel nos politiques doivent prendre conscience que cela devient très chaud et qu'il faut que quelque chose soit fait.» Et Jean-Michel Rebours de dénoncer l'attitude du service UberPop, qui «continue envers et contre tous et nous nargue en faisant de la publicité. Je comprends que les gars en aient vraiment marre». Sur le site d'Uber, on peut ainsi lire : «C'est le moment ou jamais de devenir chauffeur avec Uber. L'inscription est très simple et vous commencerez à gagner de l'argent immédiatement.»
Le salon aéronautique du Bourget, qui se tient depuis ce lundi et jusqu'au 21 juin, préoccupe le représentant de taxis. «C'est un événement important pour la profession.» Sous-entendu : les conducteurs UberPop seraient bien avisés de ne pas s'y montrer. Le message est clair.




