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Témoignage

Ayden, UberPop : «Si on tombe dans la violence, on a perdu»

Publié le 24/06/2015 à 19h56

«Ceux qui font du UberPop six jours sur sept, de 6 heures à 23 heures, c'est débile, c'est un très mauvais calcul.» Ayden (1) est chauffeur occasionnel pour le service de transport entre particuliers de la firme californienne. Une activité qu'il pratique en complément de son travail, «et c'est très bien comme ça».

Son histoire. Il a entamé son deuxième métier de chauffeur occasionnel il y a un an. Les histoires de transports, la pollution, ça lui trottait dans la tête depuis quelque temps. «Mettez-vous au bord d'une autoroute et comptez le nombre de voitures avec une seule personne à bord, c'est dingue.» L'autoroute, il n'habite pas loin : Ayden vit à Marne-la-Vallée. Il y a quelques années, ce commercial dans l'informatique s'est inscrit sur Blablacar, histoire de remplir sa voiture et de rentabiliser un peu ses déplacements. Sans grand succès. «Blablacar, ça marche entre Paris et Lyon, mais entre la Seine-et-Marne et Paris, c'est pas idéal.» UberPop se lance en France en février 2014, lui s'y inscrit en juin après un jour de formation en ligne («une série de questions de bon sens, ce n'était pas difficile»), et fait aujourd'hui partie des «vieux» qui conseillent les nouveaux sur Uberzone.fr, le forum des chauffeurs. «Quand il y en a un qui dit qu'il va défoncer la gueule d'un taxi, j'essaie de le raisonner. Si on tombe dans la violence, on a perdu.»

Sa situation. Son outil de travail, c'est sa Laguna. Quand il s'est inscrit, Ayden pensait attraper la clientèle de Disney. «Mais ça sonnait pas.» Son smartphone, qui lui sert à recevoir les demandes et à localiser le client, restait muet. Aujourd'hui, il est chauffeur à Paris les soirs de week-end. «Le vendredi après le travail, si je ne suis pas trop fatigué, je fais trois ou quatre heures de course.»Ayden gagne entre 60 et 80 euros par soir, et n'a pas l'intention de travailler plus. «Ça paye juste le loyer.» Il calcule : 15 euros la course pour traverser Paris, 3 euros pour Uber, moins l'essence, l'obsolescence de la voiture… La plupart des chauffeurs UberPop sont comme lui, assure-t-il. Il les croise sur Uberzone.fr : «Des manutentionnaires, des profs, des commerciaux, des gens qui bossent à la RATP, il y a de tout.» Et aussi des personnes qui tentent d'en faire un gagne-pain, mais lui n'en voit pas l'intérêt. Ayden pense à sa Laguna. «Si vous faites rouler une voiture en ville toute la journée, vous la torturez. Les mecs, ils gagnent 1 200 euros et au bout de deux mois, l'embrayage est mort. Pour le changer, ça coûte 1 500 euros.» C'est la limite d'UberPop : le revenu de la course ne paye pas l'entretien d'une voiture utilisée à plein-temps.

Le conflit. Ayden n’a jamais été pris à partie par des taxis. Peut-être parce qu’il est taillé comme une montagne, cet homme de 34 ans vit en tout cas le conflit de manière très sereine. Prudent, il préfère garder l’anonymat, mais ne cache pas son smartphone quand il est au volant et n’a pas attendu les consignes pour faire monter les clients à l’avant.

Lui n'a rien contre les taxis, il comprend leur colère, reconnaît qu'ils ont énormément de charges. Mais estime qu'ils ont une guerre de retard et ne comprend pas la grève de jeudi qui, pense-t-il, fera surtout de la pub pour son service : «Là, ils ne se tirent pas une balle dans le pied, c'est carrément les deux pieds qu'ils se coupent.»

Sa clientèle est très sévère contre les chauffeurs traditionnels, assure-t-il : «Ce n'est pas qu'une question de prix. On leur reproche de choisir la course, d'en refuser certaines, de ne pas être toujours polis.» Pour lui, la seule façon pour les taxis de combattre Uber, c'est de faire comme la plateforme : une application de réservation efficace, un système de paiement avec prélèvement automatique, des chauffeurs évalués par les clients, comme c'est le cas pour lui. «Si les taxis avaient fait du Uber, Uber n'existerait pas et tout le monde serait content.»

(1) Le prénom a été changé

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