«Hyperloop» est le projet du milliardaire américain Elon Musk visant à créer un réseau de transport où les voyageurs seraient propulsés à très grande vitesse (1200 km/h) dans des capsules circulant dans des tubes à basse pression… Ces tubes, soutenus par des piliers à quelques mètres au-dessus du sol, seraient installés entre les grandes villes. Pure science-fiction ? On serait tenté de répondre oui si l'initiateur du projet n'était le milliardaire Elon Musk, déjà à l'origine des bolides électriques Tesla et du lanceur spatial Space X. Un premier prototype d'essai doit être construit dans le désert californien en 2016 en vue de rallier Los Angeles et San Francisco en 30 minutes. En marge de la conférence Hello Tomorrow, organisée jeudi et vendredi à Paris, Libération a rencontré Dirk Ahlborn, le patron de la société Hyperloop. Un homme très sûr de la réussite de ce projet fou.
Croyez-vous vraiment que ce projet va marcher ?
Je le croyais jusqu’en décembre. Désormais je sais que ça va marcher. Nos calculs et simulations ont montré qu’il est plus économique et plus écologique que les principaux moyens de transport actuels. Ce métro grande vitesse connectant les villes comble un vide. Si je vous dis qu’Hyperloop peut vous amener de Paris à Cannes en 40 minutes, n’embarqueriez-vous pas ?
Il faudrait que j’ai envie d’aller à Cannes…
Bien sûr, selon le trajet proposé votre vie s’en trouve plus ou moins impactée. En période de pointe nous prévoyons une capsule toutes les trente secondes. L’attente n’est pas énorme. Et on ne travaille pas seulement à vous transporter d’un point à un autre, on veut qu’il soit aussi simple de voyager que d’appuyer sur un bouton : des voitures autonomes vous emmèneront à la station Hyperloop la plus proche.
D’où est venue l’idée de propulser des voyageurs à grande vitesse dans des tubes ?
Elle n'est pas nouvelle. Il y a d'abord eu un métro pressurisé à New York à la fin du XIXe siècle, un brevet en 1904, et des recherches menées par le gouvernement américain dans les années 1960. En août 2013, Elon [Musk, ndrl] a présenté Hyperloop en réponse à un projet, en Californie, où un budget de 68 milliards de dollars doit permettre de construire le plus lent train à grande vitesse. Il espérait que quelqu'un s'empare de son idée car lui n'avait pas le temps. A l'époque je faisais partie d'un incubateur de start-up soutenu par la Nasa et travaillais sur une nouvelle façon de lancer des entreprises en fédérant des communautés autour de projets. Alors on a propulsé Hyperloop sur notre plateforme et ça a pris : une centaine de gens issus de Boeing, Airbus, SpaceX et Tesla ont commencé à travailler sur la faisabilité du projet en échange d'actions de la société. Et en 2014 nous avons montré que c'était faisable.
Comment fonctionne Hyperloop ?
Une capsule est propulsée à l'intérieur d'un tube dans lequel l'air est à basse pression grâce à des pompes disposées le long du trajet. Le principe est similaire à un avion volant à haute altitude : il ne rencontre pas beaucoup de résistance de l'air, contrairement à un train au sol. Avec très peu d'énergie, on peut donc aller très vite. L'idéal est de le construire en ligne droite, mais pour éviter certains reliefs nous devrons envisager de légères et longues courbes. C'est techniquement possible.
Où comptez-vous trouver l’énergie nécessaire ?
Notre système sera indépendant en énergie. Des panneaux solaires tapisseront le tube, et on en récupérera aussi lors du freinage des capsules. Nous réfléchissons à tous les moyens nous permettant d’en générer, car nous souhaitons éventuellement vendre le surplus.
Quels effets produiront une telle vitesse sur les voyageurs ?
L’expérience ne sera pas différente de l’avion ou du train. Ça vous fait quelque chose de voler à 800km/h en avion ? Vous ne sentez que l’accélération et la décélération.
Au festival Pioneers, vous évoquiez que le ticket pour embarquer sera gratuit. Sérieusement ?
Personnellement, je pense que le ticket à prix fixe est un concept du XVIIIe siècle. Si nous gagnons de l'argent avec ce système, il ne servira qu'à réguler la demande des passagers. S'il n'y a pas de demande, vous pourriez payer moins cher, voire rien du tout. Puisque nous sommes une entreprise, et pas un organisme soutenu par le gouvernement, nous cherchons un business model. Nous réfléchissons à tous les aspects du projet et pas seulement à la technologie. Pourquoi ne pas monétiser les pylônes servant à soutenir le tube par exemple, en y accueillant des ruches ou des stations d'épuration d'air ? Regardez Facebook et Google : ils ont des infrastructures gigantesques et gagnent de l'argent d'une autre façon. La gratuité ne veut pas dire qu'on ne gagnera pas d'argent.
Aurez-vous besoin d’un soutien public pour financer le projet ?
Notre modèle vise à être profitable, c’est ce qui convainc nos investisseurs privés. Mais si nous obtenons de l’argent public, nous l’accepterons, bien sûr. Ce serait génial. Le système peut s’envisager de différentes manières : privé, partenariat public-privé ou même licence, si quelqu’un veut l’acquérir.
Hyperloop a récemment annoncé avoir acquis une parcelle de 8 km entre San Fransisco et Los Angeles pour y construire un outil de démonstration. Quand sera-t-il opérationnel ?
Ce ne sera pas pour une démonstration. Nous le faisons pour tester notre système, mais il servira ensuite à transporter 10 millions de personnes par an à Quay Valley, un mini Las Vegas en construction à cet endroit. Le chantier débutera en 2016 et l’ouverture au public est prévue pour 2018.
Et après Quay Valley ?
Plusieurs villes sont déjà intéressées pour devenir les premières à accueillir Hyperloop. Aux Etats-Unis mais aussi en Europe et surtout en Asie et au Moyen-Orient. D’ailleurs, je ne pense pas que le premier Hyperloop sera entre Los Angeles et San Fransisco, ni même aux Etats-Unis ou en Europe. Cela prendrait trop de temps, en raison des régulations, des démarches juridique et des lobbies. Il s’agira plutôt d’une région où une seule personne prend les décisions.
Êtes-vous en contact avec des villes françaises ?
Nous sommes en contact avec des partenaires en France. Je ne peux pas vous dire lesquels mais vous le saurez prochainement. En revanche, je peux vous dire que nous cherchons à recruter des rédacteurs et des experts en médias sociaux en France.
La très grande vitesse n’a pas que des fans en France, surtout parmi les opposants au projet de TGV Lyon-Turin. Avons-nous vraiment besoin d’aller aussi vite ?
Faut-il se poser la question ? Les gens se projettent davantage dans le futur aujourd’hui. Notre façon de travailler a beaucoup changé. Mon père et mon grand-père ne voyageaient pas beaucoup pour travailler, contrairement à ma génération qui travaille ici et là, parfois en free-lance. Ainsi, ça a du sens de pouvoir se déplacer d’une ville à une autre sans passer la journée à cela. Les gens n’auront même plus besoin de vivre dans des villes aussi chères que Los Angeles et Paris. Sans compter que pour aller encore plus vite que les trains, nous construirons des infrastructures moins lourdes.
Y a-t-il une distance entre deux villes en dessous de laquelle Hyperloop n’est pas intéressant ?
Non. Nous voulons aussi en faire un transport local. Comme à Quay Valley.
On dit d’Elon Musk que c’est un fou, ou un génie. Comment le décririez-vous ?
(Il réfléchit). Pour devenir entrepreneur il faut être fou, et c’est un entrepreneur qui réussit. Il n’y en a pas assez comme lui. Beaucoup travaillent sur des applications sans chercher à changer notre façon de vivre. Qu’avons-nous vraiment inventé de majeur ces dernières décennies, à part Internet ? L’homme a réussi à aller sur la Lune en dix ans et les gens me disent qu’un train dans un tube ne marcherait pas.