La Chrysler Imperial, paquebot sur roue de près de six mètres de long, est entrée dans l’histoire de l’automobile en 1953. Ce fut la première voiture à être équipée de la climatisation en série. Soixante ans plus tard, la situation s’est inversée : trouver une voiture sans système d’air conditionné relève de l’exploit. Et pourtant, en France, la clim à tout prix reste un mouvement récent.
En 1995, seulement 15% des voitures neuves vendues en France en étaient équipées. Quinze ans plus tard, le taux atteignait 90%. «Aujourd'hui, c'est quasiment 100% des voitures neuves qui ont la clim, décrit Didier Laurent, consultant pour l'Argus. Les constructeurs proposent la clim de base en série dès les modèles de base, ou alors, dans certains cas, en deuxième niveau de finition. Mais comme les Français n'achètent que très rarement les premiers niveaux de finition…» Quatre raisons de cet essor.
Parce qu’on aime ça
Si mon voisin a la clim, pourquoi ne l’aurais-je pas ? L’effet de contagion impose mécaniquement certains standards, comme la direction assistée et les lève-vitres automatiques. Elle aura pourtant mis du temps à s’imposer en Europe.
Aux Etats-Unis, Packard fut le premier à la proposer dans les années 30, en option, avant de se généraliser dans les années 60. Les Japonais sont des inconditionnels de l'air conditionné depuis longtemps aussi. Dans les années 80, 90% du parc en est équipé. En Europe, à la même époque, ce ne sont que quelques pour cent seulement, et encore, uniquement sur Jaguar, Rolls, BMW ou Mercedes. Aujourd'hui, une voiture sans climatisation peinera à trouver acquéreur sur le marché de l'occasion, précise Didier Laurent : «C'est disqualificatif. Ce serait comme une limousine sans intérieur cuir. Ça ne se vend pas.»
Parce que ce n’est plus si cher
Quand Packard le propose en option à la fin des années 30, le client doit quand même débourser 274 euros, soit l'équivalent de 4000 euros en monnaie d'aujourd'hui. En 2003, un système d'air conditionné coûtait 1000 euros, rappelle une étude du ministère de l'Environnement ; il s'élevait à 2300 euros en 1990. Quant aux équipementiers, ils ont sortis des climatisations de luxe qui permettent aux constructeurs de différencier leurs modèles haut de gamme. La clim bi-zone, avec réglages différents devant et derrière. Et même des clims quadri-zone, où chaque passager dispose de sa molette de réglage sur sa banquette.
Parce qu’il fait de plus en plus chaud dans les voitures
Les automobilistes aiment voir la route et le paysage et les constructeurs le leur rendent bien. La surface des pare-brise était de près de 0,5 m2 en moyenne en 1960. Quarante ans plus tard, en 2000, la surface est passée à près de 0,9 m2. C'est la mode des pare-brise panoramiques, des voitures-vérandas avec des toits vitrés, ouvrants ou non. C'est très joli, agréable, mais si les vitres ne sont pas athermiques, l'habitacle se transforme vite en four solaire. D'où la clim obligatoire.
Parce que je m’en fiche si ça pollue
La climatisation, quand elle est allumée, augmente la consommation en carburant. Les chiffres sont très différents selon les vitesses, la température extérieure et les situations de route, mais il n’y a que sur autoroute qu’une voiture consommera autant les vitres fermées avec la clim, que les vitres ouvertes sans air conditionné (en raison des écoulements d’air perturbés qui freinent le véhicule). Soit entre 5% et 10% de plus. Et encore, hors canicule.
Pour tous les autres cas, l'Ademe a publié une étude peu flatteuse pour l'air conditionné – à la portée limitée au vu des usages. Le rapport indique qu'à 25°C à l'extérieur, la consommation de carburant en ville augmente de 20% pour une clim réglée à 20°C. A 30°C à l'extérieur, par grand soleil, «la surconsommation peut atteindre 40 à 70% en ville et 15 à 30% sur route et autoroute», alarme l'Ademe. «Sur une année, en France, l'utilisation de la climatisation entraîne une surconsommation comprise entre 1 et 7% suivant les climats, les véhicules et les usages», conclut-elle.
L’étude, qui date de 2006, mériterait d’être réactualisée. Cependant, si les systèmes gagnent en sobriété énergétique, le développement de climatisations automatiques, qui se déclenchent dès que la température intérieure dépasse les 20°C, n’améliore pas leur empreinte écologique.




