Ils sont noctambules mais vivent probablement leurs derniers jours. Plusieurs trains de nuit sont aujourd'hui menacés de disparition, faute de rentabilité. Que ce soit pour Enzo qui partait en vacances à Perpignan à bord du Paris-Portbou le 6 juillet, pour Song, jeune Coréenne qui sillonne l'Europe, ou pour tous les amoureux du train-couchettes, il faudra penser à un autre moyen de locomotion. Les assauts surgissent de partout : de la SCNF qui n'en veut plus et «préconise un arrêt organisé de cette offre», du ministre des Transports, Alain Vidalies, qui, cette semaine, lâchait en forme d'oraison funèbre : «Le modèle économique des trains de nuit n'est plus viable.» Ou encore, du rapport Duron, audit des Intercités publié en mai, qui juge «nécessaire d'interroger la pertinence [de ce] mode ferroviaire pour desservir ces destinations.»
Et de souligner pour chaque ligne, comme un coup de marteau sur un clou de cercueil, le subventionnement public par passager et par trajet : près de 180 euros pour le Paris-Latour-de-Carol ou le Paris-Luchon, près de 170 euros pour le Paris-Saint-Gervais, 120 euros pour le Paris-Hendaye. Les trains de nuit, c’est 25 % du déficit de l’ensemble des lignes Intercités pour 3 % des voyages, pointe le document. En terme comptable, c’est un avis de décès.
Le rapport Duron estime que là où se développe une alternative, comme les TGV ou les autocars de nuit, ces lignes ne sont plus pertinentes. Mais au regard de cette analyse, au moins deux sont assurées d’être maintenuesjusqu’en 2020, parce qu’elles desservent des régions enclavées et qu’en face, il n’y a pas d’offre sérieuse : le Paris-Briançon et le Paris-Latour-de-Carol. Pour les autres lignes - celles qui relient Paris et la Savoie, la Côte Vermeille, le Sud-Ouest, ou encore le Strasbourg-Nice -, c’est le sursis.
Une mission, menée par le préfet François Philizot, doit entamer une concertation avec les élus locaux, la SNCF et les syndicats, afin d’aboutir à une nouvelle carte de France des Intercités, de jour comme de nuit. Ses conclusions doivent être rendues en mai 2016. Le gouvernement devra trancher et le sort en sera jeté pour ces trains banalisés qui, il y a quelques années, s’appelaient encore «l’Occitan», «la Palombe bleue» ou «la Tarentaise». Sans volontarisme financier de la part des conseils régionaux, qui luttent pour le maintien d’un réseau ferré à prix accessible, les vieux Corail plieront définitivement leurs couchettes.




