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Analyse

Pourquoi le FMI refuse de participer à un nouveau plan d’aide à la Grèce

Publié le 15/07/2015 à 22h36

Le Fonds monétaire international (FMI) ne le dit pas aussi clairement. Mais il y a dans son rapport publié mardi, et dont avaient connaissance les pays de l'Eurogroupe samedi au moment de trouver une solution, un aveu d'échec. Non seulement les deux premiers plans d'aide à la Grèce n'ont pas empêché la dette publique de passer de 110 % du PIB en 2010 à plus de 177 % aujourd'hui, mais sans allégement, le troisième plan d'aide ne fera que gonfler encore cette dette. Dans ces conditions, pas question pour le FMI de participer. Et voilà le FMI, honni par les Grecs, qui se transforme en allié d'Aléxis Tsípras. «Nous avons été très clairs sur le fait que nous avons besoin d'une solution concrète et ambitieuse au problème de la dette», pour accorder de nouveaux prêts à Athènes, souligne le FMI.

Le diagnostic de l'institution est sans appel : la dette grecque est «totalement non-viable» et devrait approcher les 200 % de son produit intérieur brut dans les deux ans. Or, le FMI met en avant ses propres règles pour expliquer que, cette fois, il ne pourra pas participer à une aide globale à la Grèce aux côtés de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Commission européenne. Il ne s'agirait donc plus d'une simple restructuration de la dette publique de la Grèce, qui atteint 320 milliards d'euros. Le FMI plaide pour une coupe de la dette. Dès samedi, les autorités européennes connaissaient cette position. Mais rien, pas la moindre réaction.

Cette fois, les experts du FMI savent à quel point leur démarche est intenable. Certes, le fonds monétaire est convié par l’Allemagne à trouver une solution, mais comment pourrait-il apporter sa contribution de 16 milliards de dollars (15 milliards d’euros environ) sur les 80 milliards d’euros prévus pour Athènes, dès lors que la Grèce est en défaut envers le FMI pour ne pas avoir remboursé en temps et en heure 1,6 milliard d’euros ?

L’organisation est d’autant plus coincée qu’elle ne peut prêter à un pays qu’à la condition que la dette de ce dernier soit soutenable.

Voilà qui pourrait provoquer quelques grincements de dents du côté des créanciers européens de la Grèce. A commencer par l’Allemagne, qui a toujours exigé la présence du FMI.

Seuls les «hommes en noir» pouvaient s’assurer que la Grèce remplirait les conditions des bailleurs de fonds. On connaît le résultat : une économie qui s’est effondrée. Et un FMI obligé de reconnaître avoir sous-estimé les effets dépressifs causés par la disette budgétaire.

Cette fois, le FMI veut-il éviter cet écueil, ou juste trouver une excuse pour sortir d’un plan dont chacun sait qu’il risque de produire les mêmes effets ? Des hausses d’impôts, une consommation en berne, des rentrées fiscales moindres. Avec une nouvelle baisse de la croissance et un nouveau besoin de financement. L’enfer d’une spirale sans fin pour les Grecs.

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