Le Marché du porc breton (MPB) ouvrira ses portes jeudi à Plérin (Côtes-d’Armor). Lundi, à la suite du boycottage annoncé par les deux plus importants acheteurs et transformateurs — la Cooperl, numéro 1 du cochon en France, et Bigard, leader de la viande dans l’Hexagone — en raison d’un prix au kilo (1,40 euro) jugé trop élevé par ces deux industriels, la bourse porcine, qui fixe le prix de référence sur le plan national, avait décidé de garder ses portes closes, entraînant la suspension des cours, fixés deux fois par semaine. Mercredi, la Cooperl a annoncé qu’elle serait de nouveau absente de la séance de cotation. La coopérative devrait logiquement être suivie par Bigard et Socopa dans sa décision de bouder le MPB.
«Oui, le marché sera ouvert demain, se contente-t-on de déclarer au MPB, contacté par Libération. Mais on ne sait pas comment cela va se passer.» En l'absence des deux géants de la transformation, dont l'un (la Cooperl) est une coopérative d'éleveurs qui achète et abat chaque semaine 110 000 porcs (100 000 en provenance de ses adhérents et 10 000 du MPB), l'incertitude est totale sur l'attitude des acheteurs. «Ce que l'on sait, c'est qu'il y aura une présentation normale avec 50 000 porcs mis à la vente, dont ceux qui auraient dû être vendus lundi.» Chaque jeudi, les abattoirs ont un quota de bêtes à la vente attribué. Ainsi, la Cooperl en dispose de 9 000, Bigard 3 000 et Socopa également 3 000. Avant l'ouverture du MPB, un conseil d'administration du marché réunira tôt jeudi matin ses différents acteurs «pour débattre du marché et de la manière dont il va se dérouler».
Distorsions de concurrence
Fixé mi-juin avec le gouvernement pour permettre aux éleveurs français de couvrir leurs coûts de production, le prix du porc au kilo est jugé trop élevé par la Cooperl et Bigard-Socopa. Ces derniers pointent les distorsions de concurrence avec les autres bassins de production de porc en Europe. La Cooperl avance ainsi que «0,28 euro sépare aujourd'hui le cours français du cours allemand et 0,38 euro du cours hollandais». Patrice Drillet, responsable de la Cooperl, qui commercialise 35% de sa viande à l'export, dit perdre en conséquence 35 centimes d'euro pour chaque kilogramme vendu à l'export. «Il est impossible de supporter 30 centimes d'écart avec un marché européen ouvert à tout va», dénonce le transformateur industriel.
La «guerre» prend également une tournure commerciale. Mardi soir, les enseignes E.Leclerc, Intermarché et Casino, qui achètent et transforment les porcs dans leurs abattoirs au même titre que la Cooperl, Bigard et Socopa, ont affirmé qu’elles continueraient à soutenir le cours du porc au cadran, en maintenant leur position d’achat à 1,40 euro le kilo. Sous-entendu : nous, distributeurs accusés de nous gaver sur le dos des producteurs comme le reproche nous en a été fait au plus fort de la crise, au deuxième trimestre, soutenons la filière nationale.
Réponse européenne «d’urgence»
En réponse politique, le ministre de l'Agriculture a annoncé la tenue d'une table ronde fin août. Mais dans cette attente, Stéphane Le Foll s'est entretenu mercredi avec le président de la Cooperl, Patrice Drillet, qui, sans livrer le détail de la discussion, a réclamé des «outils de gestion, en cas de crise, de la part de l'Europe». Et d'avancer qu'«il faut aussi accepter, s'il n'y a pas d'harmonisation sociale en Europe, que les Etats puissent compenser une partie du différentiel au niveau des prix sur leur territoire». Nouveau sous-entendu : ce n'est pas aux industriels de venir en aide aux producteurs face à la concurrence et aux distorsions de prix mais aux pouvoirs publics.
De son côté, le président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), Xavier Beulin, a réclamé mercredi une réponse européenne «d'urgence» à la crise, redoutant une absence prolongée de cotation qui serait une «catastrophe». La «catastrophe» n'est pas écartée, mais la cotation, elle, sera de retour demain matin à Plérin.




