En deux jours le renminbi (ou «monnaie du peuple», autre nom du yuan) a perdu 3,5 % de sa valeur face au dollar, la plus forte dépréciation en près de vingt ans. La devise chinoise n’étant pas encore libéralisée, elle est soumise aux décisions de la Banque centrale nationale (PBOC), qui fixe chaque jour un taux-pivot autour duquel fluctue le yuan, jusqu’à un maximum de 2 % en plus ou en moins.
Officiellement la banque centrale refuse de parler de dévaluation, mais avance plutôt une «nouvelle manière» de calculer son taux-pivot, qui serait «d'avantage déterminée par le marché». La PBOC admet ainsi vouloir accorder plus de flexibilité au renminbi et intégrer plus vite les droits de tirages spéciaux, l'unité de compte du Fonds monétaire international. L'institution avait toutefois rappelé la semaine dernière qu'un «important travail [restait] à accomplir pour cela», et qu'un des «points centraux de la révision» de la liste des DTS en novembre «sera de déterminer si oui ou non le renmibi est une monnaie librement utilisable».
Mais les analystes voient surtout dans cette double dévaluation un moyen de faire remonter les exportations chinoises, qui ont plongé de 8,3 % sur un an en juillet. Cette baisse s’explique notamment par le choix du gouvernement de stimuler ces derniers mois la croissance du pays par la consommation domestique. Une mesure qui s’est donc avérée inefficace si l’on en croit le revirement de la banque centrale chinoise.
La réaction des marchés financiers a été immédiate. L’annonce de la PBOC a surpris dans un climat de torpeur estivale et a ravivé les inquiétudes sur le ralentissement de la croissance de la deuxième économie mondiale. Mercredi, les Bourses asiatiques ont accusé le coup : Tokyo a clôturé en baisse de 1,58 %, Hongkong de 2,38 % et Shanghai de 1,06 %. Il en est de même pour les Bourses européennes. La Bourse de Paris a a lâché 3,40 %, celle de Francfort 3,27 %, Madrid 2,32 % et Milan 2,96 %. Seule Londres affiche un recul moins prononcé : - 1,4 %. Une situation identique pour la Bourse de New York qui cédait 0,50 % en fin de journée.
Le marché des matières premières a également souffert de la dévaluation du yuan. La Chine, gros consommateur de ressources mondiales, est à présent confronté à des coûts plus élevés qui vont affaiblir sa capacité à importer des matières premières comme le pétrole. Mardi, les cours de l’or noir à New York avaient chuté à leur plus bas niveau depuis plus de six ans.
La question reste maintenant de savoir jusqu’où la banque centrale chinoise ira dans sa dévaluation et si elle risque de raviver à terme une guerre des devises destructrice pour la reprise mondiale.




