Quand je n'avais pas cours avant midi, je dévalais les escaliers le matin et trouvais ma mère dans le salon, écoutant d'une oreille distraite les Maternelles tout en s'occupant d'enfants en bas âge. Fille d'assistante maternelle, mon «éducation parentale pratique» a commencé très tôt : entre 7 et 12 ans, j'ai masterisé l'art de la couche, appris à quel moment on peut donner des morceaux à bébé ou comment éviter la mort subite du nourrisson et j'étais incollable sur Franklin la tortue ou Petit Ours brun. Ma mère m'a tout appris : blasée face à un enfant qui hurle parce qu'il fait ses dents, ferme devant un autre ultracapricieux, ou d'une patience de moine pendant l'insupportable période des «pourquoi», il me manquait l'étape précédente, l'accouchement. Les Maternelles s'en sont chargées : dès l'âge de 15 ans, je fus initiée aux crevasses sur les seins pendant l'allaitement, à la dépression post-partum, à la vie sexuelle pendant/après l'accouchement et au placenta sous toutes ses coutures. Je regrette autant Maïtena Biraben qu'un fan de James Bond regrette Sean Connery. Mais la nullipare que je suis toujours a réalisé un vieux rêve : un matin, maman m'a vu dans les Maternelles, je parlais de mes règles. La boucle était bouclée.
Critique
Nullipare ailleurs
Publié le 16/09/2015 à 20h56
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