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Libération
Edito

L’illusion d’une BBC à la française

ParDavid Carzon
Directeur adjoint de la rédaction @davidcarzon
Publié le 08/10/2015 à 19h56

Depuis quelques jours, circule via un rapport sénatorial l'idée de regrouper l'ensemble des sociétés audiovisuelles au sein d'une même entité pour pallier notamment les problèmes de financement. Il faut imaginer une sorte de BBC à la française qui gérerait France Télévisions, Radio France, Arte, France 24 et l'INA. Dans une interview au Figaro, Fleur Pellerin indique qu'elle ne croit pas à cette idée et elle a raison. Une telle fusion, même à horizon lointain, est difficilement plausible. Souvenez-vous : en 2007, Patrick de Carolis, alors patron de France Télé, avait tenté de créer une entreprise unique censée mutualiser - et donc maîtriser - un certain nombre de coûts. Echec total trois ans plus tard, la fusion est défusionnée dans la douleur, avec une ardoise supplémentaire de plusieurs dizaines de millions d'euros en lieu et place des économies annoncées.

Comment, dès lors, imaginer un tel mouvement allant au-delà de France Télévisions ? Sur le fond, avant toute idée de regroupement, il faudrait éclaircir la ligne et les objectifs de chacune de ces entités : France 2 a-t-elle vocation à faire concurrence à TF1 ? France 4 est-elle une chaîne jeunesse ou un laboratoire dédié aux nouvelles écritures (on préférerait la deuxième solution) ? Quel est le rôle de France 24 et de France Info quand France Télé réfléchit à une chaîne d’information en continu ? Comment réintégrer Arte dans une stratégie globale quand son organisation et son financement sont complètement intégrés dans une logique en miroir avec l’Allemagne ? Des questions de cet ordre, il y en a beaucoup d’autres auxquelles il faudrait répondre, ne serait-ce que pour envisager l’éventualité de la possibilité d’une fusion.

Et il y a déjà tant à faire avant de toucher aux structures. La tutelle a déjà demandé officiellement aux différentes entités de réfléchir à des mutualisations de moyens ou des partages de territoires pour éviter des doublons. Cela pourrait passer très simplement par le développement d’outils en commun susceptibles de servir à tous. Jusqu’à présent, toute tentative de ce genre n’a jamais débouché sur une initiative concrète. Cela ne pourra se faire que si la ministre de la Culture en fait plus qu’une recommandation mais un objectif clair.

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