Menu
Libération
Éditorial

Peut-on défendre les YouTubeurs ?

Publié le 12/11/2015 à 19h16

Ce n'est quand même pas de chance. Pile au moment où la "grande" presse profitait d'un salon parisien sur la vidéo sur Internet, le Video City, pour s'interroger cyniquement sur la frénésie des fans face à cette génération de YouTubeurs qui rendrait jaloux les boys-bands des années 90, voire pour remettre en cause leur éthique par rapport aux marques tentées d'exploiter ce potentiel, pile à ce moment-là donc, le Figaro Magazine se voit reprocher un reportage d'un de ses rédacteurs en chef, embedded au marathon de New York. Le sujet aurait été financé par une marque de chaussures de sport, citée à plusieurs reprises dans l'article. On passe sur le principe de mettre en scène ses propres journalistes, pratique qui semble devenir récurrente - on se souvient de Natacha Polony en une d'une édition précédente, où on pouvait aussi la voir dans sa cuisine, avec son mari… De fait, le bad buzz qui touche notre confrère illustre les difficultés de la presse, vivant en partie de la publicité dans un contexte économique plus que morose, à garder un contrat clair avec les lecteurs. Nous compris. Revenons à nos YouTubeurs et gardons-nous d'aller leur donner des leçons, sauf à vouloir passer pour des aigris et des jaloux des succès de cette nouvelle génération. A lire la presse ces derniers temps, les YouTubeurs sont passés du stade de curiosité sympathique à celui de concurrent coupable d'être le ver dans le fruit. Pourtant, jusqu'à preuve du contraire, les YouTubeurs n'ont pas de carte de presse et on ne peut pas les soumettre aux mêmes règles que celles qui régissent une rédaction, même s'ils sont soumis à la même réglementation que tout le monde concernant la pub cachée. Alors quid de leurs relations avec les marques ? Eh bien, c'est leur problème. Ce n'est pas que cela ne nous regarde pas, mais c'est surtout qu'il s'agit de nouveaux médias qui doivent construire leurs relations avec leur public. Leur contrat avec leurs «lecteurs». Là où dans les médias, on se transmet ces valeurs, eux doivent inventer leurs propres règles. S'ils se plantent, ils seront les premiers sanctionnés par une audience qui peut être aussi fidèle que volatile. S'il n'a plus confiance en vous, s'il pense que vous le dupez, l'internaute n'aura aucun mal à zapper. Ces YouTubeurs seraient bien avisés de ne pas reproduire les mêmes schémas que la presse traditionnelle, ils ont intérêt à s'en affranchir pour chercher du côté de la créativité. C'est ce que beaucoup de blogueurs n'ont pas réussi à construire. Il y a en fait une chose qui unit tous ces mondes : que l'on soit un nouveau ou un ancien média - et même une marque -, il n'y a rien à gagner à vouloir cacher des choses.

Dans la même rubrique