Entre Apple et Spotify, rien ne va plus. Les deux entreprises qui se livrent une guerre sans merci pour s'imposer sur le marché en pleine croissance du streaming musical sont rentrées en conflit ouvert au sujet des conditions d'utilisation de l'App Store, la boutique de distribution et de vente d'applications d'Apple. Et cette fois-ci, le suédois semble ne plus vouloir se laisser faire. Dans une lettre adressée à l'avocat d'Apple, Spotify dénonce une volonté «d'exclure et de diminuer [sa] compétitivité sur iOS».
Une commission jugée déloyale
La plainte fait directement allusion à la décision d'Apple de rejeter la dernière mise à jour de Spotify sur sa boutique App Store. Il faut dire que cette nouvelle version a de quoi irriter le géant américain basé à Cupertino, dans la Silicon Valley. Elle met en place une inscription en deux temps des utilisateurs de sa version payante à partir de l'App Store en les redirigeant vers son site. L'objectif ? Contourner la commission de 20% prélevée par Apple sur les abonnements contractés depuis sa boutique mobile. Un droit de péage dont Spotify s'acquittait jusqu'ici faute de moyens de contourner ce prélèvement. Apple a justifié son refus en rappelant que ces règles s'appliquaient «à tous les développeurs» et que Spotify, dont l'application a été téléchargée 160 millions de fois sur l'App Store, réclamait un «traitement préférentiel» en violation des conditions d'utilisation de sa plateforme.
Afin de maintenir un revenu identique pour ses abonnements contractés via l’App Store, Spotify faisait payer la commission d’Apple par ses utilisateurs. Le pionnier et leader mondial du streaming musical facturait ainsi 13 dollars, au lieu de 10 ailleurs, le prix de l’abonnement depuis l’application iOS d’Apple. En effet, à la différence d’Apple, Google Play sur Android accepte que les abonnés s’inscrivent directement sur le site de Spotify.
Sauf que le lancement d’Apple Music a changé la donne. Facturé 10 euros par mois sur tous les supports, il contraignait Spotify à baisser ses tarifs afin de rester aligné face à l’offre de la marque à la pomme. Un véritable casse-tête pour le service suédois qui, dans un cas, risquait de perdre des clients et, dans l’autre, de voir ses revenus diminuer.
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Avec ses 100 millions d’utilisateurs revendiqués, dont 30% d’abonnés payants, Spotify n’est toujours pas rentable huit ans après son lancement, en 2008. Et malgré un chiffre d’affaires en très forte hausse de 80% en 2015 à près de deux milliards d’euros, ses pertes se sont creusées, atteignant désormais 173 millions d’euros. Seul moyen de rentabiliser sa partie gratuite, la publicité ne représente que 10% de ses recettes et ne représente pas un modèle d’avenir.
Parti bien après lui et disposant de sa propre plateforme de distribution pour mobiles, son rival Apple refait petit à petit son retard et semble en pleine croissance. Seulement six mois après son lancement, Apple Music affirmait en janvier dernier avoir dépassé la barre des 10 millions d'abonnés payants. Il en revendique 15 aujourd'hui. En position de force, le géant californien ne manque d'ailleurs pas de projets pour accélérer son emprise sur le marché très prometteur de l'écoute musicale à la demande. Après avoir fait du rappeur Dr. Dre le «premier milliardaire du hip-hop sur la côte Ouest» en rachetant Beats, la marque de casques du rappeur, voici qu'il loucherait sur Tidal, un autre service concurrent, selon le Wall Street Journal…
Reste que les pratiques d'Apple dénoncées sans grand succès jusqu'ici par Spotify auprès des autorités européennes et américaines de la concurrence commencent à inquiéter aux Etats-Unis. La sénatrice démocrate Elizabeth Warren, parfois citée comme possible colistière d'Hillary Clinton, s'en est même émue la semaine dernière en critiquant la situation de monopole de Google, Amazon et Apple sur certains marchés du numérique. Lors d'une conférence le 29 juin dernier à Washington, elle a expliqué qu'alors que le service Apple Music était très facilement accessible via l'iPhone, Apple avait mis en place pour ses concurrents des conditions d'accès à ses services qui nuisent à la compétitivité de leurs offres.




