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Libération
Éditorial

Vigilance

par Laurent Joffrin, directeur de «Libération»
publié le 29 juin 2020 à 20h21

Chiche ! C’est la réaction qui vient à l’esprit quand on a écouté lundi matin Emmanuel Macron réagir au plan proposé par les 150 membres - tirés au sort - de la Convention citoyenne sur le climat (CCC). Le Président annonce solennellement qu’il reprend à son compte 146 des 149 mesures à lui présentées. Le pourcentage impressionne (98 %). L’opposition, verte notamment, ne manquera pas de dire que cela ne suffit pas, ou bien s’inquiétera d’une dilution au fil des décrets et des lois prévus, dont on donne le calendrier et non la liste exacte. On ne va pas assez loin ? Probablement. Mais à moins d’un reniement global, on aura avancé. Après tout, le sage remarquera qu’il vaut mieux ne pas aller assez loin dans la bonne direction que trop loin dans la mauvaise. Le Président, s’il n’en a pas dit un mot, a néanmoins tenu compte du bon score des écologistes dans les municipales de la veille. Victoire électorale, mais aussi victoire morale, qui oblige tous les acteurs à verdir leur propos et, on l’espère, leur action. Le diable procrastinateur, bien sûr, se cache non dans les détails mais dans les jokers, officiels ou officieux, que l’exécutif sortira de sa manche quand il faudra passer à l’acte. Dans cet inventaire vert à la Prévert, il est facile de dénaturer ou d’éluder les mesures les plus sensibles. C’est déjà le cas pour la limitation de la vitesse sur autoroute ou le refus de taxer plus les dividendes. La vigilance s’impose donc et il faudra vérifier avec une loupe la traduction concrète de ces bonnes intentions. Chat échaudé craint l’eau tiède : officiellement, Macron était déjà vert à son élection. La démission de Nicolas Hulot a montré que c’était une couche de peinture superficielle. Cette fois, on attend une couleur franche, qui ne déteigne pas au fil des jours.