Une fenêtre ouverte sur la Chine qui pense, écrit et résiste face au «rouleau compresseur de l’Etat-Parti», comme l’expliquent à Libération Anne Cheng et Chloé Froissart. Les deux sinologues - la première est titulaire de la chaire histoire intellectuelle de la Chine du Collège de France, la seconde est professeure de sciences politiques au département études chinoises de l’Inalco - viennent de publier Penser en résistance dans la Chine d’aujourd’hui («Folio Essais», Gallimard).
Dans ce livre de poche dense et riche, qu’elles ont codirigé, elles offrent «l’hospitalité de la traduction» à des textes de quatorze auteurs qui, directement ou par des voies détournées, «refusent de se conformer aux injonctions du pouvoir».
Le livre démarre avec Confucius et l’importance de la confiance du peuple accordée à son dirigeant ; il s’achève sur un texte insistant sur la nécessité de restaurer la confiance. Cette confiance est-elle l’un des fils rouges de ce livre collectif ?
Anne Cheng : Sur la couverture du livre figure un caractère chinois qui désigne le devoir de remontrance au prince. A l’ère impériale, les lettrés conseillaient le prince et venaient présenter leur remontrance au trône, tout en sachant ce qu’ils risquaient. D’ailleurs, on a gardé à l’esprit cette image un peu caricaturale du conseiller venant s’adresser au prince avec son cercueil sous le bras, car il risquait littéralement sa tête. Mais ces lettrés




