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Comment je suis devenu féministe ? Six hommes racontent

En France comme au Canada et aux Etats-Unis, 40 % des hommes se déclarent féministes. Pourquoi si peu ? Comment prendre position en tant qu’homme ? De Noël Mamère à Eric Reinhardt, «Libération» a donné la parole à six hommes qui ont accepté de se mettre à nu sur la question.

De haut en bas et de gauche à droite : Martin Page, Eric Reinhardt, Jean-Charles Massera, Noël Mamère, Francis Dupuis-Déri et Julien Marsay (montage Libé). ( Julien Langendorff )
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Service Idées
Publié le 15/08/2024 à 21h49

Personne n’a oublié la sortie de Sandrine Rousseau sur son «homme déconstruit» et personne ne veut plus avoir à en parler à table. Mais la députée écologiste sait mettre le doigt sur des sujets de société hautement inflammables, ceux qui embrasent toutes les familles politiques et tous les milieux sociaux. Alors que les jeunes femmes sont aujourd’hui 70 % à se dire féministes, pourquoi si peu d’hommes s’en revendiquent ? Comment prendre position sur un sujet aussi sensible ? Pourquoi le féminisme énerve-t-il encore autant ?

«Ce qui bloque souvent, c’est le terme “féminisme”», expose Francis Dupuis-Déri, professeur de sciences politiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) dans un entretien sur l’évolution du rapport des hommes au féminisme. «Le mot est considéré comme trop radical, excessif. Les féministes sont toujours accusées d’aller “trop loin”, sans qu’on dise où elles auraient dû s’arrêter. Or, si l’on prend l’histoire du XXe siècle, il s’agit du mouvement le plus pacifique et modéré qui soit, considérant qu’elles ont été privées du droit de voter et d’être élues, de leur nom, de l’éducation supérieure, de la propriété, des emplois, sans oublier les viols et les féminicides. Face à de pareilles injustices, on passe généralement à la lutte armée. Les hommes sont bien chanceux…»

Et si vous faites partie de ceux qui se déclarent féministes, êtes-vous plutôt un «complice», un «allié», un «poseur» ou un «autoflagellateur» ? Sur la photo de famille du post-#MeToo, beaucoup ne savent parfois pas où se situer. Devant, à côté, au second plan ? Ou carrément s’effacer ? Hommes et femmes seraient-ils devenus des adversaires, ou faut-il tenter de s’allier, et si oui, comment ? En s’inspirant du livre de la journaliste Giulia Foïs, Ce que le féminisme m’a fait, qui raconte comment le féminisme l’a influencé jusqu’à changer sa vie, Libé donne la parole à ces hommes, écrivains, artistes, hommes politiques, hétéros ou homosexuels, qui racontent comment ils vivent leur rapport à la masculinité et au féminisme.

Il ne suffit pas de se dire féministe pour l’être…

Le politiste Francis Dupuis-Déri connaît bien les gros machos, qu’il nomme dans ses cours et ses articles universitaires les «antiféministes» ou les «masculinistes». Dans son livre les Hommes et le Féminisme. Faux amis, poseurs ou alliés ? (éditions Textuel, 2023), le professeur s’intéresse à tous les autres, ceux qui se déclarent féministes. S’ils sont de plus en plus nombreux à soutenir le mouvement, la plupart n’offrent qu’un engagement de façade. Il ne suffit pas de se dire féministe pour l’être.

L’auteur Julien Marsay a été victime d’homophobie pendant toute son enfance, ce qui l’a rapproché très tôt du combat féministe, qui est devenu autant un refuge qu’une cause. L’une de celles qu’il défend et promeut aujourd’hui.

Sensible depuis sa jeunesse aux combats portés par les femmes et à la défense de leurs droits, l’écrivain Eric Reinhardt en a tiré une œuvre riche, avec des personnages qui incarnent cette lutte.

Tant qu’on ne blesse personne, on prend son pied comme on veut, comme on peut, mais faire avec notre sexualité héritée ne doit pas nous empêcher de la considérer comme un fait social et historique, et donc transformable. Pour l’écrivain Martin Page, il devrait être possible de retisser le lien entre sexualité, émancipation et imagination.

Pour l’écologiste Noël Mamère, c’est tout un travail de déconstruction qu’il a fallu engager pour s’extraire du modèle familial classique. Mais quelle euphorie une fois la frontière franchie grâce à quelques passeurs rencontrés sur le chemin de l’émancipation féministe.

Pour l’auteur d’Occupy Masculinité, Jean-Charles Massera, la déconstruction passe par un changement des systèmes de pensée : s’exiler de son propre pronom et tendre vers l’objectif «iel».

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