Libé avait rencontré Daniel Cohen, en septembre 2022, à l’occasion de la sortie de son essai intitulé Homo numericus. La “civilisation” qui vient (Albin Michel, août 2022). Un essai inquiet qui tranchait avec l’ordinaire optimisme du directeur du département d’économie de l’Ecole normale supérieure et membre fondateur de l’Ecole d’économie de Paris, dont la maison d’édition Albin Michel a annoncé la mort dimanche 20 août. «Libéral» et «antisystème», l’homo economicus participe, jugeait l’économiste, à la désinstitutionnalisation du monde engagée par le choc néolibéral dès les années 80.
Vous parlez de «croissance appauvrissante» à propos de la révolution numérique. Pourquoi cet oxymore ?
Le monde numérique se présente comme une société d’abondance : on peut entendre autant de chansons que l’on veut sur Spotify ou engager toutes les rencontres possibles sur Tinder… La réalité du monde qu’elle installe est bien différente. Le cœur de l’ambition numérique est de réduire au strict minimum l’interaction des hum




