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Libération
L'édito d'Alexandra Schwartzbrod

Démission d’Adèle Van Reeth à France Inter : le signe d’un désaveu

La situation devenait intenable pour la philosophe et patronne de la station, qui va être remplacée par la journaliste Céline Pigalle, habituée des situations de crise.

Adèle Van Reeth à Paris en novembre 2024. (Ava du Parc/Libération)
Publié aujourd'hui à 20h34

Voilà un mercato qui tombe au plus mal, à moins de deux mois des élections municipales et en pleine commission d’enquête sur l’audiovisuel public. Mais il fallait manifestement trancher dans le vif. L’annonce soudaine, ce jeudi 5 février, du départ d’Adèle Van Reeth de la direction de France Inter, qu’elle occupait depuis quatre ans, sonne comme un désaveu. Alors même que les audiences de l’antenne – bien qu’en légère baisse – font pâlir d’envie ses concurrents. En réalité, la situation devenait intenable pour la philosophe qui va ainsi pouvoir revenir à «la vie ordinaire» (titre d’un de ses livres publié en 2020 chez Gallimard). Elle paie une succession de controverses ces dernières années (la place de l’humour politique dans la station, par exemple) et de coups durs ces derniers mois : de l’absence prolongée de Nicolas Demorand pour raisons de santé au matraquage incessant de l’extrême droite en passant par le remaniement raté de la Grande matinale – moment capital de la station –, et surtout le départ surprise, quelques mois après son arrivée, du directeur de l’information, Philippe Corbé, qui était une sacrée grosse prise.

Adèle Van Reeth n’a jamais vraiment réussi à s’imposer auprès d’une rédaction qui avait pris l’habitude, plus de dix ans durant, d’être chouchoutée par une Laurence Bloch omniprésente. Elle s’est accrochée, et il faut lui reconnaître sa ténacité, mais les pressions intérieures et extérieures étaient devenues trop fortes. A près d’un an de la présidentielle, France Inter ne pouvait se permettre de rater sa prochaine rentrée – qui se prépare maintenant – alors que la commission d’enquête, qui a tout d’un tribunal de l’Inquisition, tente de déstabiliser l’ensemble de l’audiovisuel public.

Sa successeuse, Céline Pigalle, est une journaliste, grande bosseuse, qui a gravi tous les échelons de la profession. Virée par Vincent Bolloré d’i-Télé, où elle avait interdit Eric Zemmour d’antenne, elle a l’habitude des situations de crise, voire de prendre des coups. Cela pourra lui être utile.

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