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Rétropédalage

Déprogrammation de la sociologue franco-israélienne Eva Illouz : l’université Erasmus de Rotterdam s’excuse et rétablit son invitation

Dans une lettre rendue publique, la rectrice de l’établissement qualifie l’annulation de la chercheuse d’«erreur regrettable». Cette dernière, qui avait jugé cette décision «antisémite» et annoncé porter plainte, considère désormais l’affaire close.

A Paris, en avril 2025. Eva Illouz est connue pour ses travaux sur les liens entre émotions et capitalisme. (Christophe Maout/Libération)
Publié le 22/11/2025 à 15h49

Alors que début novembre, la sociologue franco-israélienne se voyait écartée d’un séminaire à l’université Erasmus de Rotterdam, en raison de son ancienne appartenance à l’université hébraïque de Jérusalem, la chercheuse a appris qu’elle était de nouveau invitée à venir prendre la parole prochainement. Vendredi 21 novembre, l’université néerlandaise a publié un communiqué pour présenter ses excuses à Eva Illouz, connue pour ses travaux sur les liens entre émotions et capitalisme.

Dans une lettre adressée à la sociologue et rendue publique sur le site de l’université Erasmus, la rectrice de l’établissement, Jantine Schuit, déplore une «erreur regrettable» et sans «aucun fondement». «Non seulement le retrait de l’invitation était inutile, mais il a également soulevé des questions légitimes ainsi qu’une indignation compréhensible, compte tenu du contexte géopolitique actuel, particulièrement sensible», peut-on lire. Jantine Schuit fait également savoir qu’elle réitère son invitation à l’universitaire et essayiste pour venir échanger lors d’une masterclass consacrée à la liberté académique «en période de troubles et de tensions géopolitiques».

«Un geste qui balaie la haine et les préjugés»

Eva Illouz devait intervenir lors d’une conférence le 21 novembre à l’université Erasmus dans le cadre d’un séminaire intitulé «Amour romantique et capitalisme». Après son annulation, elle avait dénoncé une décision «antisémite» et annoncé porter plainte pour discrimination. Elle considère désormais que l’affaire est close et salue par la voix de ses avocats François Zimeray et Jessica Finelle un «geste qui balaie la haine et les préjugés et rappelle la vocation première d’une université : créer des espaces de dialogue où le savoir doit prospérer et non l’obscurantisme».

Ce revirement s’inscrit dans un contexte marqué par de fortes tensions dans le monde académique et culturel en lien avec Israël et Gaza. Quelques jours après la désinvitation d’Eva Illouz, un colloque sur la Palestine et l’Europe au Collège de France a été annulé peu avant sa tenue. Les deux journées d’études ont finalement eu lieu dans locaux du Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris. Entre-temps, c’est la représentation de l’Orchestre philharmonique d’Israël à Paris qui était perturbée par des manifestants propalestiniens.

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