Après le retour du service militaire jeudi pour sensibiliser le pays aux risques de guerre, Emmanuel Macron a repris vendredi 28 novembre du service dans… sa guerre contre les écrans. En annonçant son intention d’étendre au lycée l’interdiction du téléphone portable déjà en vigueur au collège, le chef de l’Etat a ouvert un nouveau front dans sa bataille contre les dégâts occasionnés par la surutilisation des écrans.
C’est le terrain qu’il a choisi pour essayer de reprendre pied sur la scène intérieure. Il en a fait le thème de son tour de France des rédactions régionales et de ses rencontres avec leurs lecteurs. Il songerait même à en faire le sujet du référendum qu’il s’est promis d’organiser avant son départ de l’Elysée. Bien sûr, l’application de l’interdiction des téléphones au collège reste imparfaite. Et celle dans les lycées s’annonce incontestablement encore plus délicate. Il n’empêche : le combat qu’endosse le chef de l’Etat sur les conséquences de l’addiction aux écrans et aux réseaux sociaux sur les apprentissages, la concentration, le sommeil, la santé physique et mentale des jeunes, sans oublier les problématiques de harcèlement numérique, de violence, d’agressions sexuelles et d’incitations au suicide, est juste.
Reportage
D’autres pays, et pas seulement la dictature chinoise, s’y sont mis. En France, des députés s’emparent enfin du sujet. La convention citoyenne sur les temps de l’enfant y consacre un chapitre de son rapport remis récemment. Et Emmanuel Macron donc, qui en fait une quasi-obsession. Il est permis de moquer la mue du chef de l’Etat. L’enquête que nous publions raconte comment le jeune président de 2017 s’est longtemps plu à incarner une start-up nation à la pointe de la tech. Comment il s’est abîmé dans son souci d’avoir pour copain les nouveaux empereurs du numérique.
Comment il a lui-même douté, dans son souci d’être dans le vent, des risques liés à l’usage inconsidéré des écrans. Comment il a fini par être convaincu, notamment par la littérature scientifique, que ces risques existent bien. On pourrait donc railler cette prise de conscience un peu tardive. On préfère croire aux effets que cette impulsion présidentielle pourrait avoir sur les garde-fous à inventer pour protéger les plus jeunes. Sans naïveté sur les arrière-pensées présidentielles. Sans bien sûr déclarer une guerre intégrale et réactionnaire contre la révolution numérique à l’œuvre. Qui, compte tenu des progrès de l’IA, ne fait que commencer.




