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L'édito de Dov Alfon

Affaire Epstein : il est urgent de comprendre l’inaction de la justice en France

Après le retentissement des révélations issues des milliers de documents rendus publics, où il ressort que la France était au cœur du système du pédocriminel, il faut désormais comprendre les raisons pour lesquelles certaines enquêtes n’ont pas abouti.

L'affaire Epstein est une sorte d’IRM de l’élite intellectuelle, politique et financière mondiale. (Photomontage Libération/avec DOJ.AFP et DR)
Publié le 22/02/2026 à 20h45

Longtemps considérée comme une affaire américaine aux ramifications mondiales, l’affaire Jeffrey Epstein avait en réalité un volet français et un volet britannique si conséquents que l’inaction judiciaire de Paris et de Londres à l’égard du financier pédocriminel devient au fur et à mesure des révélations de plus en plus incompréhensible. Les rabatteurs d’Epstein sévissent essentiellement à Paris, en toute impunité, tandis qu’à Londres on s’émeut de toute autre possibilité. «Au Royaume-Uni, rien de tel ne se serait produit», écrit Lord Mandelson à Epstein en se désolant de la condamnation de son bienfaiteur pour sollicitation de mineure.

Et en France, donc ? Six ans avant les «Epstein files», le 8 juillet 2020, le procureur de la République de Paris adressait pourtant une demande d’entraide pénale aux autorités américaines sur d’éventuels crimes d’Epstein et de l’agent de mannequins français Jean-Luc Brunel. Libération dévoile aujourd’hui que, lors d’une perquisition en 2019, des enquêteurs ont découvert un appartement cauchemardesque avenue Foch à Paris, taverne de Cro-Magnon revisitée par Stanley Kubrick dans laquelle étaient disséminées, sur les murs ou dans le coffre-fort, des dizaines de photographies caractéristiques du système Epstein. Mais l’enquête n’alla pas plus loin, malgré les dizaines de séjours avenue Foch d’Epstein et de ses invités. En cela, l’affaire est une sorte d’IRM de l’élite intellectuelle, politique et financière mondiale, de Noam Chomsky au Sultan bin Sulayem, de Woody Allen à Bill Gates en passant par Lord Mandelson, photographié lui aussi en sous-vêtements dans l’appartement parisien.

S’il est urgent de comprendre l’inaction de la justice, c’est aussi parce qu’avec ses millions de documents, le dossier Epstein est unique : les criminels de cette envergure existent toujours, mais correspondent maintenant par canaux éphémères et cryptés. Ce ne sont pas les visages des victimes qui y sont caviardés, mais l’idée même de Justice.

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