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L'édito de Dov Alfon

Aides publiques aux entreprises : des milliards jetés par les fenêtres

Accordés souvent sans conditions et rarement évalués, les soutiens financiers au secteur privé représentent un coût pour l’Etat estimé entre 108 et 270 milliards d’euros. Pourtant, le gouvernement ignore ce gisement d’économies dans son projet de budget 2026 qui arrive au Sénat.

Il n’y a en fait qu’une seule manne de subventions publiques qui semble échapper encore et toujours à tous ces spécialistes de réductions de coûts : la gabegie invraisemblable des aides publiques aux entreprises. (Christophe Ena/AP)
Publié le 24/11/2025 à 20h57

Le patronat français, souvent considéré comme l’un des plus conservateurs du monde occidental, montre une créativité inattendue quand il s’agit de suggérer des pistes pour réduire les dépenses publiques. Pas un jour ne passe sans que leurs think tanks favoris ne proposent une nouvelle manière de prendre de l’argent des poches des plus précaires, qui semblent le dépenser pour manger (un peu) et se soigner (mal). Petit florilège : réduire la masse salariale des hôpitaux (une économie de 2 milliards d’euros, se réjouissait d’avance l’Ifrap), supprimer le Pass colo pour les parents au revenu inférieur à 1 500 euros (une économie de 11,5 millions d’euros, salivait Génération libre), réduire les normes de santé publique dictées aux entreprises (une économie de 100 milliards, se hasardait Contribuables associés). Et ne leur parlez pas du RSA !

Il n’y a en fait qu’une seule manne de subventions publiques qui semble échapper encore et toujours à tous ces spécialistes de réductions de coûts : la gabegie invraisemblable des aides publiques aux entreprises, un véritable assistanat chiffré à 108 milliards d’euros par an selon les plus prudents, et à plus du double si on y intègre – à juste titre – les exonérations de cotisations sociales offertes bien généreusement et sans explication aucune à bien des sociétés privées.

Personne ne sait à combien se chiffre cette source d’économies, tombée en grand secret du ciel, et personne ne peut expliquer pourquoi des aciéries stratégiques sont contraintes de mettre la clé sous la porte, alors que des boîtes privées dont la contribution à la souveraineté nationale est loin d’être évidente bénéficient mystérieusement de réductions de TVA ou de dépenses fiscales déclassées, selon l’enquête que nous publions ce lundi 24 novembre.

Heureusement, certains commencent à entrevoir la lumière. «J’ai découvert qu’il y avait 2 260 dispositifs d’aide aux entreprises, c’est absurde», a admis récemment le président du Medef, tandis que le gouvernement pourrait revoir le crédit d’impôt recherche, qui malgré ses 7,2 milliards par an se classe aisément parmi les dispositifs d’aide les moins régulés de nos finances publiques. «Il faut voir ce qui marche, ce qui ne marche pas, ce qui est juste ou pas», nous dit dans une interview l’ex-Premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault. Le bon sens, mais le vrai.

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