Dépêché à Minneapolis par Libération pour couvrir l’hommage à la manifestante Renee Good, tuée par un agent de l’ICE le 7 janvier, notre envoyé spécial s’est retrouvé samedi matin sur la scène d’un second meurtre : celui d’Alex Pretti, qui avait tenté d’aider une femme aspergée de gaz lacrymogène par des agents de la police des frontières avant d’être encerclé, puis froidement exécuté dans le dos en pleine rue.
Notre journaliste a pu recueillir nombre de témoignages pointant la responsabilité directe de ces milices officielles devenue l’outil principal de la répression politique aux Etats-Unis. Sans surprise, Donald Trump relayait moins de deux heures plus tard une version des faits présentant la victime, infirmier à l’hôpital militaire des Anciens Combattants du Minnesota, comme un dangereux terroriste potentiel. Car le président américain condamne la mort de manifestants innocents à Téhéran, mais la justifie pleinement quand ceux-ci sont tués par sa police sur le territoire américain.
Dynamique salutaire de rejet
La raison de ce paradoxe devrait être maintenant évidente même pour les membres de son propre parti : grand admirateur de Vladimir Poutine et de Xi Jinping, Trump estime que les relations entre l’Etat et ses citoyens ne devraient pas être définies par un ensemble de lois démocratiques mais par la vision du chef. Ce qui avait commencé par les saluts nazis de son donateur Elon Musk lors de la cérémonie d’investiture devait fatalement mener, exactement un an après, à une scène d’exécution dans un paysage enneigé par une milice omnipotente ne répondant qu’au leader.
Le meurtre d’Alex Pretti a renforcé une dynamique salutaire de rejet chez nombre d’Américains, qui n’ont pas hésité à braver la tempête et des températures polaires pour manifester leur colère. Les protestations fusent de toute part, entre le puissant lobby des armes qui ne peut accepter qu’un Américain soit suspect s’il porte une arme à feu et l’ancien président démocrate Barack Obama, qui s’est fendu d’un communiqué estimant que «nos valeurs fondamentales sont menacées». Face à l’impunité apparente de ceux qui ont tué Alex Pretti, on peut se demander s’il n’est pas trop tard pour sauvegarder les valeurs fondamentales de l’Amérique.




