Dans sa famille, on l’appelle «le Président». Dehors, quelques détracteurs le surnomment «Amine Macron». Une pique pour moquer sa proximité avec les politiques locaux et son engagement, sous l’étiquette écologiste, aux dernières élections. Depuis quelques semaines et l’assassinat dit «d’intimidation» de son jeune frère Mehdi, la vie d’Amine Kessaci a pris une tout autre tournure. A la fois double victime (un autre de ses frères a été tué sur fond de stups en 2020) et tête de pont de la lutte contre les multiples ravages du narcotrafic, ce «Président» marseillais a désormais, après avoir convaincu de longue date les autorités locales, toute l’attention du pouvoir national.
Cette attention s’incarnera par une nouvelle visite, ce mardi 16 décembre, dans la deuxième ville de France du président Macron, le vrai, la huitième depuis le lancement de son plan «Marseille en grand». Si l’Elysée a mis en ligne dès dimanche les avancées en matière d’éducation, de santé, de mobilité, il est plus difficile pour Emmanuel Macron de défendre un bilan acceptable sur le narcotrafic qui, années après années, à Marseille comme aux alentours, s’engouffre dans les vides laissés par l’Etat.
L’approche essentiellement pénale, jamais remise en question, a pourtant démontré son inefficacité à long terme. En face, la DZ Mafia ou d’autres réseaux moins puissants, mais pas moins dangereux, semblent toujours avoir une longueur d’avance : diversification de leurs sources de revenus, vente en ligne, développement des «uber shit»…
On ne va pas nier l’évidence, l’action policière et judiciaire est nécessaire, notamment celle des services d’enquête. Mais Emmanuel Macron entendra-t-il Amine Kessaci lorsqu’il demande des moyens sur le front de la prévention, le retour d’une police de proximité, l’accès aux services publics, le financement des associations, bref, tout ce qu’il réclame depuis des années avec son association Conscience, comme de nombreux acteurs de terrain ? En la matière, les avancées sont inversement proportionnelles à la capacité d’accueil aux Baumettes, qui comme le prévoyait le plan Marseille en grand, vient d’augmenter de 740 places.




