Une obsession à l’origine de tant de drames. Au Royaume-Uni, la pression de l’extrême droite de Nigel Farage – la même qui avait conduit à la folie du Brexit – pousse le gouvernement travailliste de Keir Starmer dans ses retranchements, jusqu’à proposer lundi un plan radical anti-immigration. Dans l’illusion vaine de décourager les milliers de personnes qui risquent leur vie pour atteindre les côtes britanniques. Cette année, ils sont plus de 39 000 à avoir atteint les côtes anglaises, déjà plus que toute l’année 2024. Paradoxe fou d’un gouvernement britannique, censé être «de gauche» et qui ne cesse de durcir ses conditions d’accueil.
La France participe à ce jeu dangereux, avec le déplorable accord «une entrée, une sortie», signé en juillet et qui renvoie arbitrairement des migrants sur le territoire français. Dans l’illusion, toujours, de contrer le discours d’extrême droite. Mais l’évidence est là : aller sur le terrain rhétorique et législatif anti-immigration ne fait pas reculer le vote d’extrême droite, ni en France, ni au Royaume-Uni, mais ne parvient qu’à valider leurs idées dans l’opinion publique. La surenchère antimigrants des dernières décennies n’a pas réduit les arrivées. Et restreindre les canaux d’immigration légale, c’est aussi encourager l’immigration illégale, les passeurs, la criminalité, les conditions humaines déplorables… Notre enquête montre les impacts dévastateurs et nocifs de ces politiques sur le territoire français. Dunkerque et ses environs en particulier, depuis que Calais s’est bunkerisé, en subissent particulièrement les conséquences. Les laissés-pour-compte de ces démarches cyniques évoluent dans des zones d’errance de plus en plus insalubres, privés de tout. Face à cet abandon, il y a indéniablement défaillance de l’Etat. On ne peut donc que saluer l’initiative de six associations, qui ont décidé d’attaquer l’Etat en justice pour «non-respect des droits humains», face à l’inaction persistante et à la seule présence policière pour toute réponse aux tragédies humaines.




