«L’Europe doit s’assumer comme une grande puissance.» Dans l’entretien qu’il accorde à Libération, Jean-Noël Barrot ne se contente pas de formuler un vœu pieux. Cette fois-ci, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères durcit le ton. Une fermeté nouvelle qui vient de réussir aux Vingt-Sept sur les droits de douanes et le Groenland.
Celui qui débarquait au Quai d’Orsay il y a moins d’un an et demi s’est vite retrouvé confronté à des dossiers brûlants et c’est peu dire que la situation internationale s’est dégradée. L’impérialisme russe en Ukraine s’installe dans la durée et la violence envers les civils fait rage. La confrontation entre la Chine et les Etats-Unis se joue sur tous les tableaux. Et l’imprévisibilité américaine, elle, a franchi un nouveau seuil avec l’enlèvement de Nicolás Maduro au Venezuela, puis l’épisode groenlandais.
Que Donald Trump ait pu envisager de s’emparer d’un territoire d’un pays allié a marqué les esprits européens. Même si Washington a reculé, au moins temporairement, l’alerte a été prise au sérieux. A Bruxelles, certains parlent de fin de la vassalité européenne. D’autres, plus prudemment, d’un réveil forcé.
Comme galvanisé par ce «moment groenlandais» et la bonne séquence diplomatique d’Emmanuel Macron à Davos, tenant tête à son homologue américain, le ministre français nomme les rapports de force, désigne les menaces. Au sujet de Vladimir Poutine notamment : «crimes de guerre», «obsession coloniale», «échec catastrophique» de son «opération spéciale» en Ukraine… Sur la sécurité du Vieux Continent, il appelle l’Europe à «se réarmer» et à «se durcir». «A dire non à toute intimidation.»
Nous voilà en plein dans le concept de l’«Europe puissance», réaffirmé, contraint et forcé, face à l’impérialisme prédateur des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine qui récolte les fruits des turbulences mondiales.
L’intérêt de la parole de Jean-Noël Barrot dans nos colonnes est là : elle acte une bascule diplomatique. Reste à savoir si ce durcissement rhétorique annonce des choix durables. L’Europe puissance ne se proclame pas. Elle se construit, dans les budgets, les capacités et la constance politique.




