Une minute de silence, qui a laissé place à une séance de questions au gouvernement à l’image de ce qu’est la politique française aujourd’hui : un champ de ruines indigne d’où n’émerge aucune tête capable d’avoir une parole à la hauteur du contexte dramatique que nous connaissons depuis samedi et la mort de Quentin Deranque, militant d’extrême droite battu à mort sur un trottoir. A un mois d’élections municipales qui seront le dernier scrutin avant la présidentielle de 2027, la politique française en est là : au bord d’un précipice qui fait craindre le pire pour l’avenir de la démocratie. La minute consensuelle de silence mardi dans l’hémicycle n’est qu’un indécent trompe-l’œil alors que cette violence, telle une gangrène, menace notre vie politique.
Mardi soir, le procureur a confirmé au moins sept interpellations. Parmi eux, Jacques-Elie Favrot, l’assistant parlementaire de Raphaël Arnault, député LFI et cofondateur de la Jeune Garde. Cette information, même si la participation de Jacques-Elie Favrot au tabassage en règle de Quentin Deranque n’est pas établie, accentue la pression sur les insoumis de Jean-Luc Mélenchon. Depuis samedi, les leaders du parti, tout en assumant des liens avec le mouvement antifa, se sont multipliés dans les médias pour condamner le lynchage de Quentin Deranque. Mais aussi pour démentir toute responsabilité avec ce meurtre. La présence de Favrot parmi les personnes interpellées fragilise cette stratégie. Et place LFI dans la tourmente. En attendant de savoir s’ils seront judiciairement dévastateurs, les liens assumés entre LFI et les mouvements d’ultragauche sont politiquement signifiants. Ils disaient, avant le drame de Lyon, quelque chose de la nature politique du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Ils deviendront probablement impossibles à assumer pour une formation qui se dit progressiste, humaniste et assure refuser toute violence.
L’extrême droite ? Jordan Bardella doit tenir ce mercredi une conférence de presse «pour mettre LFI et ses alliés devant leurs responsabilités». Et si le président du RN prenait d’abord les siennes ? Celle d’être le leader d’un mouvement d’extrême droite raciste, xénophobe, antirépublicain, qui n’a jamais coupé les ponts avec les mouvements qui revendiquent, eux, l’usage de la violence, assument leur antisémitisme, leur nostalgie du nazisme ou revendiquent de «casser du pédé». Donc, non, monsieur Bardella, non, madame Le Pen, le drame de Lyon, et c’est un drame, ne vous autorise pas tous les mensonges ou toutes les hypocrisies. La mort d’un militant de la mouvance radicale que vous tolérez parmi vos amis, en tout cas vos soutiens, ne vous offre pas sur un plateau cette virginité après laquelle vous faites semblant de courir pour tromper les Français. Cette colère vaut aussi pour ces soi-disant représentants de la droite républicaine qui s’abîment depuis des années à singer l’extrême droite. Ils sont nombreux à contribuer depuis trop longtemps, à petite dose, mine de rien, à banaliser cette violence et les thèses nauséabondes du RN et de ses affidés. Quitte à accepter, bientôt, de tomber dans leurs bras.




