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L'édito d'Hamdam Mostafavi

Arnaques bancaires : notre société est trop vulnérable aux manipulations

Malgré des protocoles de sécurité renforcés, les cas d’escroqueries se multiplient. L’ampleur du phénomène montre qu’il ne s’agit ni de cas isolés ni d’une simple crédulité individuelle.

Cette faille humaine, les établissements bancaires s’y engouffrent souvent pour se défausser de toute responsabilité, laissant les victimes seules face à leur détresse. (Cyril Zannettacci /Libération)
Publié le 22/12/2025 à 20h31

Il fut un temps où l’on connaissait son conseiller bancaire par son prénom, et où le moindre mouvement suspect déclenchait un appel personnel. La numérisation du monde, si elle a apporté une souplesse bienvenue – des comptes accessibles à toute heure et à distance, des paiements facilités – charrie aussi son lot de déconvenues : elle nous a rendus plus vulnérables aux arnaques. Aujourd’hui, par mail, par SMS ou par téléphone, le risque de se faire piéger est omniprésent. Grâce à des techniques de piraterie de plus en plus sophistiquées, et déployées à très grande échelle, des escrocs parfaitement rodés parviennent à convaincre des profils très variés de leur livrer les clés de leurs comptes. Parallèlement, les banques multiplient les protocoles censés renforcer la sécurité. Pourtant, la disparition progressive de l’interaction humaine à tous les niveaux nous expose paradoxalement davantage à des manipulations ayant recours à des discours bien huilés.

Cette faille humaine, les établissements bancaires s’y engouffrent souvent pour se défausser de toute responsabilité, laissant les victimes seules face à leur détresse. Celles-ci souvent honteuses et aux prises avec un sentiment de culpabilité, se résolvent au silence et hésitent à se défendre. Pourtant, l’ampleur du phénomène montre qu’il ne s’agit ni de cas isolés ni d’une simple crédulité individuelle : «C’est industriel, il n’y a plus de limites à cette délinquance», déplore l’une des victimes interrogées par Libération. La rupture des liens traditionnels et le basculement vers une société numérique ont brouillé nos repères, éliminant les anciens tiers de confiance et aggravant notre dépendance à des interlocuteurs impersonnels. La panne massive ayant touché plusieurs opérateurs bancaires ce lundi 22 décembre en a apporté une nouvelle démonstration : il suffit d’un grain de sable dans la machine pour que l’usager se retrouve totalement démuni, et souvent sans recours. Cet épisode rappelle, une fois encore, la fragilité de nos systèmes face aux cyberattaques et aux piratages – une menace connue, mais encore largement sous-estimée, dont les conséquences pourraient s’avérer de plus en plus graves.

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