Jean-Luc Lagardère était parti de rien pour bâtir un empire. Son fils, Arnaud, est parti d’un empire pour aboutir à rien, ou presque. Ce gamin de 63 ans ferait presque de la peine s’il n’avait fait autant de dégâts autour de lui et surtout s’il n’avait trouvé un père de substitution et, plus grave, un repreneur pour ses activités édition et médias en la personne de Vincent Bolloré, mégaphone de l’extrême droite en France. Fils unique élevé par les hommes de confiance de son père, Arnaud Lagardère a toujours eu besoin d’un tuteur. Ce fut d’abord Philippe Camus, fidèle lieutenant de Jean-Luc Lagardère à qui celui-ci avait demandé de prendre le fiston sous son aile, puis Pierre Leroy, Ramzi Khiroun et on en passe, jusqu’à Vincent Bolloré qui a achevé de le façonner en lui donnant la foi. On pense aussitôt à cette anecdote qui date des années 80 et résume tout. Lors d’un dîner mondain au domicile familial où Arnaud Lagardère était assis à côté de Michel Rocard, celui-ci, fils d’un des plus brillants physiciens français, s’était penché vers le jeune homme silencieux et un peu coincé : «Je sais ce que c’est, mon garçon, votre problème, c’est le père !»
C’est qu’Arnaud Lagardère, dès son plus jeune âge a eu une pression énorme sur les épaules : Jean-Luc rêvait de fonder une dynastie, de voir son nom gravé pour l’éternité au fronton de ses entreprises, dans l’aéronautique comme dans les médias ou l’édition et il était le seul à pouvoir relever le défi. De ce rêve, il ne reste que quelques morceaux avalés par Vincent Bolloré. Pire, Arnaud Lagardère aurait semble-t-il été laxiste dans la gestion de sa holding personnelle, passant dans ses frais professionnels des dépenses de nounous et autre pension alimentaire. Sa convocation, ce lundi, devant deux juges d’instruction dans le cadre d’une enquête du Parquet national financier pourrait lui valoir une mise en examen. «Je suis en train de me révéler, disait-il en 1995 alors qu’il faisait ses classes chez l’éditeur américain Grolier. Pour le meilleur ou pour le pire, je ne sais pas encore.» Aujourd’hui, on sait.




