Ils sont tous deux mondialement connus, l’un pour son roman graphique sur la Shoah, Maus, qui lui valut un prix Pulitzer, l’autre pour ses BD journalistiques, et notamment Palestine qui fut couronné d’un American Book Award. Art Spiegelman et Joe Sacco ont deux parcours différents mais ils se retrouvent pour exprimer une même colère face à l’anéantissement de Gaza et au sort réservé aux Palestiniens. C’est d’ailleurs à l’occasion d’une exposition de leur œuvre commune à Paris – vendue au profit de l’Unicef pour ces enfants de Gaza qui survivent difficilement ces jours-ci dans la boue, le froid et la faim – que Libé les a rencontrés pour une interview croisée terriblement sombre mais riche en pulsions de vie.
Ils se sont adossés l’un l’autre pour surmonter ces deux dernières années ponctuées par l’abominable attaque terroriste du Hamas le 7 Octobre puis par la riposte monstrueuse des autorités et de l’armée israéliennes qui a réduit Gaza en poussières. Un de leurs dessins le résume bien : on y voit Joe Sacco affirmer «la Bible dit œil pour œil» et Art Spiegelman (croqué en souris, référence à Maus) lui répondre «oui, mais Nétanyahou fait du zèle» devant le Premier ministre israélien émergeant d’une montagne de globes oculaires. Face à l’horreur, les deux dessinateurs ont vite éprouvé le besoin de prendre position, de «faire quelque chose» comme dit Art Spiegelman, de ne pas rester inactif face à l’entreprise de broyage de l’identité et de la présence palestiniennes par les dirigeants israéliens et américains.
Pour eux, rien ne justifie un tel déploiement de violence. «On ne peut pas utiliser l’Holocauste comme une justification pour infliger autant de souffrances aux gens qui nous entourent», affirme Spiegelman, dont les parents juifs polonais étaient rescapés des camps de la mort. Fustigeant un Occident qui s’est révélé être «moralement en faillite» à l’occasion de cette tragédie car indirectement complice du massacre commis à Gaza par son soutien à Nétanyahou, les deux hommes ne voient pas de fin heureuse à la crise actuelle. Mais leur seule amitié et œuvre commune montre que tout espoir n’est pas totalement perdu.




