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Libération
L'édito de Dov Alfon

Attaque américaine au Venezuela : où Trump s’arrêtera-t-il ?

Groenland, Colombie, Cuba… Le coup de force du président américain laisse craindre d’autres opérations militaires déstabilisant davantage l’ordre international.

Nicolás Maduro à l'héliport Downtown Manhattan, à New York, le 5 janvier 2026. (Eduardo Munoz/Reuters)
Publié le 05/01/2026 à 21h23

Nicolás Maduro a plaidé ce lundi 5 janvier non coupable des faits criminels qui lui sont reprochés devant la cour fédérale de New York. Jean Baudrillard aurait aimé ce simulacre plus vrai que nature : le président «déchu» traîné de force devant un tribunal alors que Washington annonçait se satisfaire du maintien à Caracas de son régime dictatorial, de son gouvernement autoritaire et de son armée sanguinaire. Tandis que le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio prétendait que tout ceci était normal et que les dictateurs dans «la sphère américaine d’influence» vivraient maintenant dans la crainte, ce sont en réalité les chefs d’Etats démocratiques en Europe qui ont toute raison de perdre le sommeil.

La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a ainsi réagi vivement ce lundi aux nouvelles menaces américaines d’annexer le Groenland, estimant avec raison que «si les Etats-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays de l’Otan, alors tout s’arrête».

Vladimir Poutine et Xi Jinping se frottent les mains

Car la nouvelle doctrine américaine est désormais claire, et elle est fondée sur le mépris : mépris du droit international, mépris de tout accord signé avec ses alliés, mépris des représentants élus du peuple américain, mépris de la supériorité de la justice sur la loi de la jungle, mépris de la nécessité même d’une explication logique.

Ceux qui pourraient bientôt se frotter les mains sont les dictateurs russes et chinois, tant le langage utilisé par Trump pour justifier l’enlèvement de Maduro fait écho à leurs propres rhétoriques. On le sait, «l’Ukraine appartient à la sphère d’influence de la Russie» est l’argument central de Vladimir Poutine, et «Taïwan fait partie de la sphère de la Chine» pourrait être la justification de Xi Jinping s’il décidait d’envahir l’île.

Le seul dindon de cette farce pourrait être le peuple américain et ses intérêts vitaux. Il est temps de le lui expliquer. Si, au fond, l’Amérique n’est qu’un Etat voyou, l’Europe va devoir lui fermer ses portes et ses marchés, et se préparer à la riposte. La fameuse «sphère d’influence» américaine peut et doit perdre de sa superbe, comme tout simulacre.

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